Elevage au Burkina : « La demande est tellement forte … »

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Au Burkina Faso, l’élevage et l’agriculture emploient plus de 80% de la population active et génèrent 80% des recettes d’exportation. Malgré cet énorme potentiel, les performances du secteur restent encore modestes. Eugene Rouamba, un électricien de formation et directeur de l’entreprise M’Yaaba, a mis au point une technologie pour dynamiser le secteur agricole. Il s’agit des couveuses solaires. 

Burkina24 (B24) : Que doit-on comprendre par concepteur innovateur ?

Eugene Rouamba (ER) : L’innovateur est un métier qui consiste à adapter des technologies sur un milieu bien donné. Une technologie peut exister mais doit être adaptée au milieu. C’est à vous de la transformer pour fonctionner en prenant en compte vos besoins et vos spécificités.

B24 : Plus concrètement, quelles sont les innovations que vous utilisez ?

ER : Ma passion c’est l’élevage. J’ai eu la chance de travailler dans un laboratoire qui confectionnait des fours et des concasseurs. Le fonctionnement des fours ressemble un peu à celle des couveuses. Il existe plusieurs types de couveuses, mais pour un pays comme le Burkina Faso ce sont les types solaires qui sont les plus pratiques. J’ai commencé en 1996 avec les couveuses électriques. Mais avec les multiples délestages, j’ai expérimenté avec l’énergie solaire. L’énergie électrique coûte chère par contre le solaire n’as pas de souci et c’est de l’énergie renouvelable.

J’ai innové avec une couveuse qui fonctionne entièrement à l’énergie solaire. A mon actif, je dispose de plusieurs capacités de 120 à 4 000 œufs. Pour la grande capacité nous disposons également des couveuses hybrides pour permettre en cas d’absence du soleil de fonctionner au biogaz.

Les couveuses solaires de type M’yaaba fonctionnent avec l’énergie solaire sans onduleurs ni convertisseurs, uniquement avec une connexion de 12 Volts ou 24 Volts.

B24 : Pour vous que représente l’élevage pour le Burkina Faso ?

ER : L’élevage est un secteur porteur avec une demande illimitée car on ne peut pas satisfaire la consommation interne. Avec les couveuses, sur le plan de la volaille, dans 10 ans le pays n’aura plus de problème. La demande est tellement forte que je ne peux pas fournir les 2/3 de mes commandes en volailles.

B24 : Quels sont les temps d’éclosions des œufs dans vos couveuses ?

ER : Pour les œufs de poules, la durée est 21 jours. 28 jours pour les œufs des pintades, les cailles en 17 jours et ce sont 30 jours pour les canards. Le temps d’éclosion de chaque espèce diffère. Ce qui est indispensable, c’est la gestion de la température et du taux d’humilité. Chez nous, le taux d’éclosion est de 90% minimum.

B24 : Comment est actuellement la demande des couveuses ?

ER : Le Burkina Faso est un pays d’élevage. Les gens en demandent mais le problème du coût s’impose. Par contre, les couveuses de type M’yaaba sont très adaptées dans le milieu rural et prend tout type d’œufs.

L’élevage des poussins

B24 : Combien coûtent vos couveuses ?

ER : La petite capacité de 120 œufs coûte 700 000 FCFA c’est-à-dire avec le kit complet. Composée des batteries, la couveuse qui prend du 12 V et les plaques solaires pour faire fonctionner avec une autonomie de 30 à 35 heures. La capacité de 1 000 œufs à 3 800 000 FCFA toujours avec un kit complet avec installation sur le site.

B24 : Visiblement vous fabriquez des outils et vous faites de l’élevage en même temps ?

ER : On a associé la conception à la reproduction. C’est une manière de prouver l’efficacité de nos appareils. C’est plus convainquant pour un acheteur de voir et de tester la fonctionnalité de l’appareil avant d’acheter. Ici nous faisons la reproduction et la vente des produits. J’élève des cailles, des pintadeaux, des poussins, la volaille métissée c’est-à-dire le croisement des poules de race avec les coqs locaux, etc.

La recherche ne finit pas. A travers certains voyages on apprend toujours. Je suis toujours en expérimentation.

B24 : Ce métier est-t-il rentable ?

ER : Sincèrement dit, je travaillais dans un atelier rembobinage d’électricité où j’étais payé à 250 000 FCFA avec une déclaration à la CNSS. Mais la conception a pris le dessus et j’ai démissionné pour me consacrer à ma passion. C’est avec ce que je gagne que je continue toujours dans la recherche.

Propos recueillis par Jules César KABORE

Lesaffairesbf

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