Emmanuel Kaboré, Directeur général de l’entreprise PPS : «Il faut atteindre les objectifs avant de se décourager»

L’énergie est très prisée au Burkina Faso.  La demande se trouve au-delà de l’offre dans le secteur, encore plus dans les centre urbains que ruraux.  Des initiatives naissent de part et d’autres dans la perspective de solutionner le problème, aussi bien des pouvoirs publics que des particuliers. Emanuel Kaboré est ingénieur électrotechnicien et s’est lancé dans la promotion de l’énergie solaire depuis quatre ans afin d’apporter sa touche au développement du pays. Il dirige une entreprise Projet production solaire (PPS) spécialisée dans l’énergie solaire et renouvelable et l’efficacité énergétique.

 Au Burkina Faso l’énergie est rare, surtout l’énergie électrique. Est-ce cela qui vous motivé à mettre en place votre entreprise PPS ?

Comme vous l’avez dit, nous avons aussi constaté le besoin en énergie des Burkinabè. Nous étions employé dans une entreprise minière et nous avons pensé que nous pouvions apporter notre contribution au développement du Burkina en proposant ses solutions dans le solaire que nous maitrisons pour apporter de l’énergie aux populations. C’est la première motivation qui nous a poussé à créer cette entreprise. La deuxième qui n’est pas la moindre, c’est que la demande est là et nous nous disions que ça peut être un domaine porteur, donc source de revenus.

Avez-vous des partenariats avec d’autres structures qui travaillent dans le même domaine ou d’autres domaines ici au Burkina ou ailleurs ?

Sur le plan national, nous avons beaucoup de partenaires qui sont essentiellement des entreprises qui travaillent dans l’énergie solaire. Nous ne sommes pas des concurrents, mais des partenaires, parce que par moment ils prennent des équipements avec nous ou même des conseils techniques et vice-versa. Donc on a des partenaires locaux et on a beaucoup de partenaires sur le plan international en France, en République Tchèque, au Pays Bas. Nous sommes en collaboration avec l’organisation internationale qui s’occupe de l’énergie renouvelable qui s’appelle IRENA (International Renouvelable Energie Agency) qui est un partenaire clef pour la formation. Dans le domaine de l’efficacité logistique, nous avons un très grand partenaire qui s’appelle Le Roi Sommaire du groupe Emerson qui est leader mondial dans le système d’entrainement. Ce qui nous permet de faire de l’économie d’énergie avec leur nouvelle technologie qui s’appelle Dineou qui sont des moteur à très haut rendement permettant aux industriels de faire beaucoup d’économie dans leur système industriel.

L’exploitation de l’énergie solaire est récente, ce qui veut dire qu’il n’y a pas beaucoup de personnes qui travaillent dans ce domaine. Est-ce que vous sentez néanmoins une petite concurrence ou est-ce que le boulevard est ouvert pour vous ?

Il y a une grande concurrence. Si vous remarquez il n’y a pas mal de gens qui viennent de pays développés qui s’installent ici pour faire de l’énergie solaire. Il y a aussi des Burkinabè qui entreprennent dans l’énergie solaire. Mais comme je vous l’ai dit nous ne les prenons pas comme des concurrents car nous n’arrivons même pas à satisfaire la demande malgré le nombre accru que nous avons actuellement. Le dommage qu’on peut constater c’est que des gens s’y lancent sans vraiment être professionnels du domaine. Comme c’est un nouveau domaine on peut dire que c’est un secteur porteur, donc tout entrepreneur veut s’y lancer. Moi j’aurai souhaité que ce soit des professionnels qui s’y lancent plus car ils offriraient de meilleurs services aux clients et consommateurs pour éviter des désagréments.

Dans le cadre de votre entreprise, est-ce que vous entreprenez des innovations pour satisfaire mieux les consommateurs ?

Nous faisons plein d’innovations au sein de PPS. Nous existons depuis 2010 et presque chaque année nous faisons des innovations en fonction des besoins de nos clients qui sont essentiellement de la zone rurale et des zones souvent non électrifiées. Nous avons commencé à mettre en place des kits qui différencient les besoins des gens. Il y en a qui ne veulent que l’éclairage, donc on a des kits compacts complets pour cela. On a des gens qui veulent de l’éclairage et de la ventilation et pouvoir suivre leur télé, ce que nous appelons les besoins vitaux dans une maison d’habitation. Nous avons conçu des kits préfabriqués pour cela et nous avons également innové en matière financière ; comme on sait que souvent l’installation dans les énergies renouvelables coutent chères à  l’ investissement, nous avons initié des partenariats avec les différentes banques de la place qui permettrons à tous ceux qui voudraient avoir de l’énergie solaire chez eux de pouvoir faire l’installation et de payer au maximum trois ans par exemple à tempérament leur facture ; ces trois ans correspondent selon nos calculs à trois ans de retour sur investissement.

Vous avez dit que la plupart de vos clients viennent des zones rurales, est-ce qu’il y a des institutions ou des organisations qui viennent vers vous ?

Oui, il y a beaucoup d’institutions qui viennent vers nous, il y a aussi de grandes entreprises. L’UNICEF, l’OCADES, la SOFITEX, des caisses populaires, des banques. Il y a beaucoup d’institutions auxquelles nous avons déjà offert des services et nous continuons à leur offrir. Il y a aussi des institutions de développement avec lesquelles nous travaillons aussi dans les zones rurales et des associations françaises et italiennes qui sont dans le domaine du développement des zones rurales. Il y a des personnes démunies nous approchent parce qu’il y a des écoles, des centres de santé ou des mairies à électrifier. On a des clients de divers ordres.

Cela suppose que la clientèle est en train de s’élargir et le besoin aussi se fait sentir de plus en plus, qu’envisagez vous comme perspective à l’avenir pour pouvoir satisfaire au mieux la clientèle et participer davantage au développement du Burkina ?

D’ici mi 2015, PPS sera installé au moins dans 6 autres régions. On a déjà lancé un avis de recrutement pour recruter tous ces responsables de régions pour pouvoir encore être plus proches de nos clients et aussi faire profiter, aux populations les plus démunies, de nos technologies parce que nous nous voyons en société inclusive, c’est-à-dire que nous voulons que le plus grand nombre de nos populations profitent de nos produits et des intérêts de ces produits. Donc c’est l’expansion sur toute l’étendue du pays qui est notre objectif. Déjà sur Ouagadougou, nous ouvrons cinq autres boutiques dans les zones qui s’approchent plus de nos clients. C’est l’expansion et l’innovation dans la technologie pour permettre aux gens d’avoir la climatisation en solaire et des équipements frigorifiques pour la conservation des aliments, et le rapprochement avec nos clients.

En 4 ans on se rend compte que l’entreprise prospère, quelle a été la clef de ce succès ?

La clef de notre succès, si nous sommes dans le succès, c’est la combativité. Si on commence quelque chose, les débuts sont très durs, mais il ne faut jamais se décourager, il faut être combatif. Je pense que nous l’avons été parce qu’au début nous avons eu de grands soucis même si actuellement on a des défis à relever. Il faut toujours croire à ce qu’on fait et avoir de la passion dans ce qu’on fait. Nous avons plus accordé de l’importance au travail qu’à l’argent. Nous avons d’abord aimé notre travail et c’est le fruit de notre travail qui a été la prospérité de l’entreprise. Il ne faut pas être pressé de voir le bout du tunnel. Avant de se lancer, il faut y croire et se donner pour objectif d’atteindre son objectif. Je m’excuse pour la tautologie.

Avez-vous d’autres conseils à l’endroit des jeunes qui aimeraient se lancer dans l’entreprenariat ?

Le conseil que je peux donner c’est d’être vraiment honnête. Le président des Etats Unis lors de la rencontre Etats-Unis/Afrique disait que la corruption nous amène trop en retard mais on ne se rend pas tout de suite compte. Mais coute que coûte, on se rendra compte. Je demande aux jeunes qui entreprennent d’entreprendre sur leurs propres convictions et dans la vivacité. Il faut atteindre les objectifs avant de se décourager. Mais il ne faut pas être pressé et passer par les courts chemins. Je pense qu’on a des potentialités dans notre pays, surtout la jeunesse. On se sous-estime souvent et on pense qu’on n’est pas assez compétent par rapport aux autres. Moi qui circule, je vois parfois que sur le plan national nous avons plein de compétence mais le Burkinabè se sous-estime toujours ; il faut être optimiste et croire en soi-même. Je pense que ça peut être une clef de réussite.

Par exemple au début, on avait un gros souci pour avoir un personnel qualifié dans la technologie solaire. Mais maintenant il y a des écoles qui sont ouvertes au Burkina et qui offrent des spécialisations dans la technologie solaire. Par contre, il peut arriver qu’on ait de la difficulté pour avoir des gens qualifiées et des gens en même temps assez honnêtes. Les deux choses vont de pair pour permettre à un entrepreneur de réussir. Si vous prenez les entrepreneurs aujourd’hui, souvent ils ont de belles idées mais il faut avoir des gens de confiance pour pouvoir conduire certains projets. Je voudrais inviter les Burkinabè et surtout nous les jeunes à cultiver plus d’honnêteté. Je pense que cela augmenterait l’employabilité dans notre pays si les employeurs se rendent compte qu’il y a plus d’honnêteté.

Entretien réalisé par Boureima LANKOANDE le 24 janvier 2015

Pour Burkina24

Un commentaire

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  • stephanit
    1 février 2015 at 15 h 10 min - Reply

    dès 1980 j’ai installé de nombreuses pompes solaires MARKOYE GOROM GOROM FALAGUNTU ETC….bon courage à tous ceux qui œuvrent au développement du burkina JPS

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