Autonomisation des femmes : «Grâce à la Croix-Rouge, nos produits à base de beurre de karité sont de meilleure qualité»

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Dans les provinces de la Sissili et du Ziro, il est difficile de trouver des personnes qui ne connaissent pas la Fédération Nununa (FN). C’est une véritable prouesse pour cette organisation créée il y a moins de 10 ans. Elle a fait de la transformation du beurre de karité en produit cosmétiques un label de qualité qui lui vaut de nombreux partenariats nationaux et internationaux. La Croix-Rouge Burkinabè, en collaboration avec la Croix-Rouge Espagnole l’accompagne à travers «Le projet d’amélioration de la commercialisation des produits fabriqués par les groupements de femmes au BF, avec une approche de développement humain durable ». Les acquis de cette initiative, les défis et les engagements de la Fédération Nununa sont détaillés dans l’entretien que nous a accordé la gestionnaire de la FN, Maïmounata AOUBA. 

Burkina24 (B24)A quoi renvoie le mot Nununa et quelles sont les organisations membres de ce regroupement ?

Maïmounata AOUBA (MA) : Dans la langue nuni, « Nununa » signifie « Grand naturel ». La Fédération Nununa (FN) regroupe dix unions réparties dans les provinces du Ziro et de la Sissili, dont huit dans le domaine du karité et deux dans le sésame. Notre organisation est implantée dans huit communes de ces provinces. Mais notre caractère régional ne signifie pas que nous sommes fermés à accueillir d’autres organisations hors de ces localités. Le principe de la mise en commun de nos énergies est sous-tendu par l’adage qui dit que « L’union fait la force ». Cela nous rend plus puissant, parce qu’au départ, chaque femme ramassait les amandes de karité, les transformait et tentait ensuite de les vendre sur le marché  local. Ce qui ne le rapportait pratiquement pas grand-chose. Grâce à l’appui de différents partenaires, l’idée du regroupement s’est imposée à nous naturellement. En plus du beurre de karité, en 2010, nous avons ajouté le sésame. Fort de ces atouts la Fédération Nununa a été officiellement lancée en 2011.

B24 : Au nombre des objectifs qui ont présidés à sa mise en place, on peut citer : l’accroissement du revenu de ses membres, l’augmentation de la capacité des productrices, l’organisation de la production et de la commercialisation des produits.  Que faites-vous pour l’atteinte de ces objectifs ?

MA : Au nombre des activités mises en œuvre, je peux souligner la formation et le recyclage des collectrices et productrices du beurre de karité. Nous faisons également l’appui conseil au profit des productrices de sésame. Nous sommes très actives dans la sécurisation de la principale ressource de production à travers des parcs à karité que nous avons mis en place. Cela permet aux femmes d’avoir un accès sécurisé aux noix de karité. La FN déploie des activités de plaidoyer au niveau des autorités pour la protection de l’arbre à karité. Nous avons également mis en place une unité semi industrielle dont l’objectif premier est de réduire la pénibilité des femmes dans le processus de transformation des amandes en beurre de karité.

B24  : Cette fédération est présente dans 56 villages des communes de Biéha, Boura, Cassou, Gao, Léo, Sapouy, Silly et Tô dans les provinces de la Sissili et du Ziro. Quels sont les produits commercialisés par ces femmes ?

MA : Nous produisons deux types de beurre de karité : biologique conventionnel. C’est grâce à ces beurres que nous mettons sur le marché des produits cosmétiques : savons à base de beurre de karité, de miel, de carottes, les baumes à lèvres à base de karité. Nous vendons aussi le beurre de karité brut, les pommades à base de ces mêmes produits, etc. Pour ce qui concerne le sésame, la Fédération Nununa appuie les femmes dans l’organisation de la commercialisation de ce produit.

B24 : Comment vous garantissez la qualité de vos produits mis sur le marché ?

Mamounata AOUBA (MA) : Pour nous en assurer, nous avons surtout travaillé à centraliser la production pour avoir un meilleur contrôle sur les produits collectés par les femmes. Cela nous a permis de centraliser la production au niveau de l’unité semi industrielle construite à Léo. Cet outil de production nous amène à respecter toutes les étapes de la production : triage, cuissons, lavage, barattage, etc. Pour s’en assurer davantage, nous avons mis en place un laboratoire qui analyse les produits en vue d’en garantir la certification, d’autant plus que nous exportons aussi vers l’international.

« … grâce à ce projet, nous avons considérablement amélioré les emballages de nos produits et les clients apprécient beaucoup. »

B24 : Comment se fait l’écoulement de vos produits ?

 MA : Nos outils de promotion vente sont le site Internet de la FN qui nous permet de commercer avec des partenaires nationaux et internationaux. A ce titre, je m’en voudrais de ne pas citer l’Occitane qui est le partenaire avec qui nous écoulons près de 80% de nos produits Le bouche à oreille participe aussi de notre stratégie de promotion. Avec l’appui de nos partenaires, nous avons travaillé à l’amélioration de la visibilité de nos produits en vue de les rendre plus accessible au grand public. Les produits sont disponibles à la Fédération à Léo. Nous sommes également en train de mettre en place des boutiques de promotion vente.

B24 : Quels sont les clients et les partenaires de la Fédération ?

MA : En plus de l’Occitane, il y a le projet Equité qui nous accompagne également dans la sécurisation des parcs à karité. Nous sommes en relation étroite avec plusieurs autres partenaires comme SOFIM, DE LA POINTE, LE PROJET USAID, PACODE, La CROIX-ROUGE, etc.

B24 : Parlant justement de partenaire, quelles sont vos relations avec la Croix-Rouge burkinabè et la Croix-Rouge espagnole ?

MA : Nous avons bénéficié d’un projet d’appui de la Croix-Rouge burkinabè et la Croix-Rouge espagnole. Elles ont mis en œuvre un projet de commercialisation des produits à travers plusieurs activités : site web, une boutique de promotion vente, le renforcement des capacités des unions à la vie coopérative et au marketing, la formation des techniciens, la construction d’infrastructures, la mise à disposition de matériel de production, et j’en passe. Les femmes qui en sont bénéficiaires sont davantage épanouies parce que les ressources générées leur permettent de mieux soutenir les dépenses de la famille.

B24 : La Croix-Rouge burkinabè a conduit un projet dans la zone de la Sissili et du Ziro pour renforcer votre autonomisation. Qu’est-ce que ce projet a pu changer dans vos façons de faire ?

MA : Il faut voir cet impact à deux niveaux : d’abord au niveau de la vente des produits. A cet effet, cela a permis de renforcer la qualité des interventions de nos vendeurs. Il y a ensuite tous ce qui est lié à la promotion de nos produits. A titre d’exemple, grâce à ce projet, nous avons considérablement amélioré les emballages de nos produits et les clients apprécient beaucoup. Nous produits ont aussi plus visibles auprès de nos partenaires.

Diverses gammes de produits à base de beurre de karité

Diverses gammes de produits à base de beurre de karité

B24 : Comment vous arriver à surmonter les difficultés liées à cette activité?

MA : L’un de nos problèmes majeurs est la coupe abusive de l’arbre à karité. Nous faisons le plaidoyer pour la protection de cette ressource. Nous avons aussi mis en place une charte qui sanctionne les femmes qui récoltent des produits qui ne sont pas à maturité. Elles ont aussi pour obligation de ne pas payer de bois avec des bûcherons lorsqu’elles viendraient à constater la présence d’un seul bois de karité dans la livraison. Nous avons travaillé à atténuer progressivement aussi les problèmes énergétiques. Nous avons pour défis de travailler à diversifier nos partenaires afin de renforcer la rentabilité de nos produits sur les différents marchés.

B24 L’apport de la Croix-Rouge est indéniable dans l’autonomisation des femmes de votre fédération. Comment comptez-vous renforcer ces acquis ?

MA : Nous sommes ravis des capacités renforcées grâce à la Croix-Rouge dans la vie coopérative. Nous ferons un travail de suivi au niveau de nos membres. Pour la vente et la commercialisation, nous allons travailler à dynamiser notre site web. Nous serons aussi actives pour que les bénéficiaires prennent soin des acquisitions d’infrastructures et matériel offert par la Croix-Rouge et la Croix-Rouge espagnole.

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