Produits importés au Burkina : Quel prix pour notre santé ?

Dans cette chronique, Monica Rinaldi s’attaque à la question de la consommation des produits locaux et de la dangerosité des produits importés.

« Petit frère as-tu acheté l’huile ? »

« Oui, grande sœur », dit-il en remettant un bidon de 20 litres, sale et à l’étiquette à moitié illisible.

(Regardant le bidon) « Hééé on t’a eu. Ce n’est même  pas la bonne huile! Tu ne vois pas que le bidon n’est pas scellé ? Allons-y voir le boutiquier ».

Dès que la grande sœur et le petit frère s’approchent de la boutique, le vendeur commence déjà à faire sortir un autre bidon, dont l’aspect est bien différent (bidon scellé et propre) malgré que l’étiquette soit la même… « Pardonnez tantie, je ne savais pas que c’était pour vous-là… »

« Désormais, vous donnerez à mon frère la bonne huile, pas l’autre-là. Et puis l’autre-là n’a pas le même prix, toi-même tu sais… ».

« Oui tantie. Excusez-moi tantie ».

Cette scène s’est déroulée dans une cour familiale à Ouahigouya. Mais elle aurait pu se tenir partout… et pour tout produit. Ces derniers jours, les médias ne font que reporter des nouvelles sur des saisies d’importantes quantités de produits impropres à la consommation.

C’est déjà un effort remarquable dont nous ne pouvons que nous réjouir. Mais l’inquiétude ne peut pas manquer si l’on essaie d’imaginer quelles quantités encore plus importantes ont échappé et continuent d’échapper aux contrôles. Et par conséquent, combien de fois nous avons consommé des produits dangereux pour notre santé, chez nous ou dans les restaurants…

De l’huile, des poulets, de la pâte de tomates, du riz, des sucreries… les produits sur lesquels la fraude a été découverte sont nombreux et couvrent l’essentiel du régime alimentaire des Burkinabè. Par ailleurs, d’autres produits qui rentrent chaque jour dans nos assiettes n’ont pas encore fait l’objet de saisies, mais sont soupçonnés de causer des pathologies chroniques – pire, capables de se transmettre à notre descendance !

Aucune surprise si l’on réfléchit que tout cela n’est dicté que par la recherche du gain facile, en profitant de la faiblesse économique des familles. Un produit manufacturé à plus de 10.000 km d’ici, comment peut-il coûter moins cher qu’un produit fabriqué localement ? Bien-sûr, les économistes évoqueront les lois du marché, le dumping  duquel nos législations ne nous protègent pas, les inefficacités de la chaine de valeurs locale…

Tout cela est vrai, mais la substance reste : ce sont des produits de qualité infime, souvent périmés, ou alors déclarés impropres à la consommation dans le Pays de provenance, ou encore produits dans des usines échappant à tout contrôle, en utilisant des matières premières et des méthodes de production totalement hors norme.

Ceux qui importent et commercialisent ces produits profitent de la pauvreté, voire du désespoir des familles face à la cherté de la vie. Dans un Pays où 46% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, la première préoccupation de millions de femmes et hommes burkinabè est de « joindre les deux bouts », ignorant les conséquences sur la santé de ces produits. Les consommateurs, surtout ceux qui n’ont pas accès à l’information scientifique, ne se rendent souvent pas compte du danger – tant que c’est en vente et que c’est moins cher, cela s’achète.

Très probablement, si les populations connaissaient les conséquences de la consommation de ces produits, ils y renonceraient. Dans l’immédiat, ce sont des intoxications alimentaires plus ou moins graves, des parasitoses et des salmonelloses. Mais sur le long terme, ce sont des cancers, des empoisonnements entraînant – entre autres – des malformations fœtales, des troubles hormonales et des stérilités, des intoxications du foie et des reins… Bien vrai que ces produits sont moins chers, mais le coût pour la prise en charge des conséquences médicales de leur consommation est beaucoup plus élevé…

Pourtant, les alternatives locales à la plupart de ces produits existent. Pourquoi locales ?

Tout d’abord parce qu’il est plus facile de les tracer. Même si la filière est loin d’être parfaite, il est sans doute plus facile de retracer la provenance d’un poulet local ou d’un sac de riz local que celle de leurs équivalents importés. Ainsi, il sera plus simple d’avoir des informations sur le mode de production, et les autorités compétentes pourront plus facilement détecter les irrégularités. Bien-sûr, une législation, des normes et des méthodes de vérification devront être mises au point.

Ensuite, parce qu’en consommant des produits locaux nous contribuons à faire tourner l’économie locale. Les magasins de stockage de Bagré contiennent encore la récolte de la saison précédente quand la suivante est prête. Pourtant le Burkina importe chaque année des milliers de tonnes de riz. Il y a quelques mois, une autorisation d’importation de sucre a été signée, alors que la Sosuco avait des problèmes à écouler ses produits.

Les producteurs de tomate se trouvent parfois à ne pas avoir d’intérêt à récolter leurs fruits tellement que le prix de la caisse hors-champ a baissé. Pourtant la pâte de tomates que nous consommons est entièrement produite à l’extérieur… Les exemples pourraient continuer.

Enfin, parce que les produits locaux sont plus riches en substances nutritives, ayant parcouru beaucoup moins de kilomètres et ayant subi moins de traitements pour la conservation. Un riz importé datant de plus de trois ans ne contient plus rien de vraiment nutritif, une huile ayant subi trop de traitements aura perdu toutes les substances bénéfiques. Sans oublier le fait que très souvent les produits importés sont bourrés de conservateurs et d’autres substances pour leur permettre de résister au temps, au transport et aux températures. Les conséquences pour la santé de ces substances sont telles que dans beaucoup de Pays elles sont interdites…

Quelqu’un dira peut-être que les produits locaux sont plus chers. Cela peut être partiellement vrai, mais il faut tenir compte de ce qu’on évoquait plus haut – la qualité de certains produits importés est sensiblement plus basse. Et pour ces quelques dizaines de francs que nous croyons avoir épargnés aujourd’hui, nous nous exposons à des risques qui vont nous en faire dépenser beaucoup plus dans le futur.

Est-ce que donc notre santé ne vaut mieux que cela ?

Dans la lutte contre ce fléau, à chacun son rôle.

Monica Rinaldi

Monica Rinaldi

À l’État le devoir de renforcer la législation existante par l’établissement de normes sur le contenu en certaines substances dans les produits de consommation. Également, augmenter les efforts de contrôle aux frontières, dans les magasins de stockage et aux points de vente.

Au Laboratoire National de Santé Publique, de renforcer le dispositif d’analyse et la fréquence des contrôles.

Mais à nous les consommateurs, de faire un choix conscient dans la limite de nos connaissances et de nos possibilités, tout en dénonçant les irrégularités et les soupçons sur la sophistication alimentaire…

Monica RINALDI

Chroniqueuse pour Burkina24

L'actualité du Burkina 24h/24.
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