Mines au Burkina : « Le potentiel est réel », selon Moumouni Séré, président de Universal Institutes Mining and Management

Moumouni Séré est le Président de Universal Institutes Mining and Management (UI2M), et le Directeur général du Centre de recherche panafricain en management pour le développement (CERPAMAD). Le premier (UI2M) est orienté vers la formation dans le domaine des mines et des carrières et le second (CERPAMAD) est un institut supérieur qui dispense des formations dans plusieurs filières. Dans l’interview qu’il nous a accordée, il s’appesantit surtout sur les multiples opportunités qu’offre le « boom minier » burkinabè.

Burkina24 : Dites-­nous, quelles sont les formations offertes par le CERPAMAD et l’institut UI2M ?

Moumouni Séré (MS) : Le CERPAMAD est un institut de formation supérieur spécialisé dans le domaine de la gestion, du management, de la comptabilité, de l’audit, du droit. Nous avons des filières de formation spécialisées comme les marchés publics, la fiscalité appliquée, le juriste conseil d’entreprise.

Quant à UI2M, c’est une structure spécialisée dans la formation génie qui s’est donné comme credot de former des compétences locales dans le domaine des mines et des carrières.

B24 : D’où est née cette idée d’ouvrir un institut de formation dans le domaine des mines et des carrières ?

MS : Le secteur minier burkinabè offre aujourd’hui d’immenses opportunités d’emplois durables bien rémunérés pour les jeunes ayant des qualifications spécifiques aux mines. Cependant, force est de constater que le pays manque crucialement de ressources humaines locales de qualité pour les besoins du secteur.

Comme le disait Frank Tapsoba, Directeur Général de la Chambre de commerce et de l’industrie, le développement minier nécessite une main-d’œuvre de qualité que nous n’avons pas. Une situation qui oblige les compagnies à recourir à une main d’oeuvre  expatriée plus coûteuse mais qualifiée.

C’est face à ce constat que nous avons lancé Universal Institutes Mining Management (UI2M) dont la mission est de former et développer de façon pragmatique des compétences locales dans les métiers des mines et carrières. Une des ambitions de UI2M est de contribuer à améliorer l’employabilité des jeunes dans les emplois qualifiés des mines.

Pour réussir cette vision, nous avons décidé dès 2013, de travailler directement avec les acteurs du secteur, le Ministère en charge des Mines et des Carrières, la Chambre des Mines du Burkina, les Compagnies minières, les travailleurs des mines et leurs homologues au Canada.

De ces échanges, il est ressorti une inadéquation entre les offres de formations existantes et les besoins réels du secteur tant sur le plan de l’approche de formation très théorique que les offres de formations orientées vers des domaines qui n’emploient pas beaucoup de personnel. La plupart des instituts offrent des formations classiques avec des diplômes de techniciens ou d’ingénieurs. Même si les mines ont besoin de techniciens ou d’ingénieurs diplômés, elles n’en ont pas besoin en très grand nombre. Le secteur a cependant besoin en grand nombre d’ouvriers et d’opérateurs qualifiés.

Fort des orientations et de l’accompagnement technique du secteur, UI2M a développé des certifications professionnelles de courte durée : 3 à 6 mois. Ces programmes de formations sont très pratiques et basés sur l’alternance, avec un accent particulier sur des phases pratiques terrains et des phases sur les mines en activité.

Ces certifications ont pour ambition d’assurer que les jeunes formés deviennent techniquement opérationnels dès la fin de leur programme. Ces formations sont dans des métiers miniers à forte demande comme : opérateurs d’usine de traitement, opérateurs dynamiteurs, opérateurs foreurs, agents santé, sécurité, environnement, la certification du traitement de minerai destiné à former des opérateurs d’usines chargés de la valorisation du minerai en mine. Les deux premières formations sont d’une durée de 3 mois chacune et le niveau minimum de recrutement est le BAC.

De nos jours, le domaine de la santé, de la sécurité et de l’environnement sont très essentiels pour les mines. La certification en Santé, Sécurité, Environnement, est une formation de niveau BAC qui dure 6 mois. Elle vise à développer les compétences opérationnelles chargées des questions de santé­-sécurité­environnement dans les mines et carrières.

Les activités de forage sont essentielles dans le secteur des mines et carrières, qu’il s’agisse de forage d’exploration ou de forage d’exploitation. Pour le développement du secteur, il est impératif que le pays dispose de professionnels aguerris aux techniques modernes de forage. La certification en forage minier est une formation de niveau BEPC, qui dure 6 mois.

Par ailleurs, nous avons en projet des programmes de certification. Pour ceux qui sont formés dans nos systèmes de formation classique, notamment le système maîtrise, nous avons voulu trouver une formule pour leur donner un bagage complémentaire. Sont surtout concernés les jeunes qui sont formés en géologie ou en chimie.

B24 : Que dire des coûts de formation ?

MS : Les coûts tiennent compte de certains facteurs. Non seulement les programmes de formation sont très pratiques, mais aussi nous avons conclu des partenariats avec les sociétés minières, qui permettent aux étudiants d’avoir accès aux sites.

Pour les formations en dynamitage minier et en traitement de minerai, les coûts s’élèvent à 1 500 000 F CFA chacune. Les deux autres formations sont de 2 000 000 F CFA chacune. Pour accompagner nos étudiants, nous leurs offrons des facilités de paiement.

Il faut dire que c’est quand même un investissement utile. Aujourd’hui, nos formés sont employés dans les mines de Nantou Mining à Perkoa, d’Avocet Mining à Inata, Truegold à Namissiguima, Burkina Mining Company à Youga, etc.,  avec des salaires qui font d’eux des privilégiés.

B24 : Vous laissez penser que le potentiel de création d’emploi dans le secteur des mines est très énorme. Qu’en est­-il réellement ?

MS : Selon les données 2009/2010 de l’Enquête Intégrale sur les Conditions de Vie des Ménages (EICVM), 82% des chômeurs au Burkina sont des jeunes. Ces dernières années, avec l’ambition de réduire le taux de chômage, le pays a lancé plusieurs programmes pour la formation et l’installation individuelle de milliers de jeunes à travers l’auto-­emploi dans certains métiers.

Beaucoup de ces jeunes malgré ce gros effort financier de l’Etat, se sont retrouvés au chômage, face à toutes les difficultés liées à l’entreprenariat. Il est donc impératif que nous trouvions des solutions complémentaires pour contribuer à réduire durablement le chômage des jeunes.

Le secteur minier offre aujourd’hui un potentiel de développement qui est jusque-là sous exploité en termes d’emplois directs pour les jeunes. La mise en place d’un code minier très attractif en 2003 et l’appréciation spectaculaire du cours de l’or des années 2000 ont contribué à accroître l’investissement privé dans le secteur minier au Burkina Faso. Dans le classement 2015 de l’Institut Fraser, le Burkina devance le Ghana et l’Afrique du Sud, pour devenir le deuxième pays africain le plus attractif après le Maroc et occupe la 29è place mondiale sur la base de l’attractivité de son secteur minier.

Selon des études menées par la Chambre de Commerce et d’Industrie, le secteur des mines et des carrières créera plus de 17.000 nouveaux emplois d’ici à 2020.

Avec un tel potentiel, le secteur minier offre aujourd’hui d’immenses opportunités d’emplois durables biens rémunérés pour les jeunes ayant des qualifications spécifiques aux mines. Aujourd’hui le secteur minier a un besoin énorme.

Les premières sociétés minières ouvertes n’ont pas eu la chance d’avoir des compétences locales déjà formées pour le secteur. Or le potentiel est réel. La preuve est que nous avons sur le volet social, travaillé avec le ministère de la jeunesse et en partenariat avec la mine de ROXGOLD de Bagassi. Dans ce projet, nous avons pu former quinze jeunes qui sont les premiers opérateurs qui officient dans cette mine.

Dieu merci, la mine a accepté d’accompagner l’initiative en prenant en charge les frais de formation de ces jeunes à Ouagadougou.

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Actuellement, nous travaillons avec le département des mines pour former des étudiants pour les besoins des nouvelles mines qui vont s’ouvrir. Le Burkina Faso n’est qu’à ses débuts. Donc il faut que nous nous orientions résolument vers une stratégie ou une politique d’emploi au niveau de ce secteur, et cela nous assurera une plus grande attractivité.

B24 : Comment arrivez-­vous à gérer la direction de ces deux instituts de formation, le CERPAMAD et UI2M ?

MS : Il faut dire que je me suis assigné la mission de contribuer au bien-­être de mon pays. Par ces deux instituts de formation, c’est la touche que j’apporte.

Le CERPAMAD pour le volet tertiaire, et UI2M pour la formation des acteurs qui contribuent à la création de l’économie à travers le domaine minier.

B24 : Aujourd’hui, le chômage est un véritable boulet pour l’économie burkinabè. Quelles solutions préconisez-­vous ?

MS : Je pense que ce sont les orientations que nous avons prises au départ pour notre pays qui ne sont pas les bonnes. Nous ne nous sommes pas orientés sur les secteurs pourvoyeurs d’emplois.

Aujourd’hui, il faudrait que les domaines vitaux soient développés. On gagnerait plus à s’orienter dans l’agriculture, dans le domaine minier ou de la technologie. Ce sont ces domaines qui permettront d’avoir une économique dynamique.

Les jeunes devraient s’orienter donc dans des métiers porteurs avec ambition, mais non pas seulement sur la base du gain pécuniaire. C’est un élément important.

Entretien réalisé par Issouf NASSA

Lesaffairesbf

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