Nouvelles taxes au Burkina : « C’est tous les Burkinabè qui vont payer »

De nouvelles taxes ont été instituées dans la loi de finances rectificative. Quelles sont-elles ? Quel est leur justificatif ? Adama Badolo, directeur général des impôts, s’en explique dans cette interview accordée à Burkina24.

Burkina24 (B24) : Pouvez-vous revenir sur les différentes taxes adoptées récemment par le gouvernement ?

Adama Badolo (A.B) : Il y a eu exactement quatre taxes : la taxe sur les propriétés bâties et non bâties, les taxes sur les boissons spécifiquement la bière, il y a la retenue sur les jeux de hasard et une dernière taxe sur les véhicules d’importation d’une certaine catégorie.

B24 : A quoi obéit l’adoption de ces nouvelles taxes ?

A.B: Ces nouvelles taxes et toutes les mesures administratives, législatives qui sont prises n’ont qu’un seul but : améliorer le niveau des ressources propres de l’Etat. Il faut qu’on augmente les ressources de l’Etat pour donner les moyens à l’Etat de subvenir aux besoins des populations mais également de conduire les politiques publiques, d’assurer la couverture sociale pour l’ensemble des Burkinabè de procéder aux investissements nécessaires pour les populations.

C’est vraiment pour augmenter les recettes propres. Nous sommes dans un pays où le niveau de prélèvement par rapport au produit intérieur brut est jugé l’un des plus faibles. Nous avons un taux de pression fiscale qui varie entre 14% et 15%. L’UEMOA dit que le taux minimum devrait être de 20%. Des pays comme le Togo, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Sénégal ont atteint ce taux-là. Mais il faut trouver des stratégies pour atteindre ce taux, sinon on continuera d’être un pays arriéré.

B24 : Certains observateurs estiment que c’est pour récupérer de la main gauche ce que le gouvernement a donné aux fonctionnaires. Est-ce le cas ?

A.B : Les impôts ont toujours existé. Ce sont les impôts qui permettent de financer le développement économique et social. Ce qui se passe c’est qu’il faut toujours travailler à améliorer le niveau des impôts. Et il faut dire que les taxes qui sont instituées ne sont pas uniquement instituées pour les fonctionnaires. C’est tous les Burkinabè qui vont payer, y compris les fonctionnaires.

B24 : Il était question d’une imposition également des compagnies de téléphonie mobile. Etait-ce le cas ?

A.B : Non. Il n’y a pas de nouvelle imposition sur les compagnies de téléphonie mobile.

B24 : N’y a-t-il pas de risques que les citoyens trouvent ces taxes trop importantes pour leur bourse ?

A.B : En tout cas nous allons travailler à expliquer aux citoyens la nécessité de payer l’impôt. Je crois que les tarifs sont étudiés pour que les citoyens comprennent la nécessité de payer l’impôt, pour que ce soit supportable.

B24 : Parlons précisément de la taxe sur la bière. Quel sera son taux exact ?

A.B : Il y a une augmentation du taux de cinq points. Je serai tenté de dire seulement. Quand on regarde le prix actuel de la bière et si on y regarde de très près, l’augmentation ne peut pas dépasser 10 F CFA – 15 F CFA.

Parce que pour le prix de la bière qui vaut 500-600 F CFA, il y a déjà des taxes dessus. Si on enlève ces taxes, il y a la TVA, il y a déjà une taxe sur les boissons qui existe. Ça vaut presque la moitié du prix actuel de la bière, plus la marge. Les cinq points d’augmentation ne vont  donc pas dépasser 10 à 15 F CFA. Nous pensons que ce relèvement des taux ne devrait induire une augmentation du prix de la bière.

 B24 : Pourquoi avoir justement choisi la bière ? Est-ce parce que c’est l’une des denrées les plus consommées ?

A.B : Ce n’est pas qu’on a choisi cette denrée. Déjà en avril, il y avait eu une augmentation du taux de la taxe sur les boissons alcoolisées à l’exception de la bière. On n’a fait qu’aligner la taxe sur la bière sur les autres boissons alcoolisées. Et puis nous sommes dans un espace communautaire, l’UEMOA qui encadre ce que nous appelons les taxes spécifiques comme la taxe sur la bière, la taxe sur la cigarette, la taxe sur les thés, etc.

Il y a une fourchette dans laquelle les pays sont invités effectivement à taxer, à déterminer les taux pour la taxation de ces produits spécifiques, et je vous assure que ce n’est pas nous qui avons le taux le plus élevé y compris avec l’augmentation de cinq points. Le Sénégal par exemple est à la borne supérieure. Certains pays même demandent que l’UEMOA augmente la borne supérieure pour leur permettre de dépasser le taux de 40-45% que l’UEMOA a fixé comme base haute.

B24 : Avez-vous discuté de la question avec les sociétés de boissons ? 

A.B : Dans le cas spécifique de ce relèvement, nous n’avons pas eu de concertation avec les sociétés qui produisent la bière notamment. Mais nous avons des cadres annuels avec ces sociétés  pour discuter des mesures que nous envisageons. Il faut dire que ce relèvement est exceptionnel parce qu’il intervient en cours d’année et nous n’avons pas eu à le faire.

Comme chaque année c’est à l’occasion de la loi de finances initiale qu’on a des concertations avec ces entreprises, on pense que d’ici décembre nous allons pouvoir discuter avec eux sur ce taux. D’ailleurs, nous pensons pouvoir effectivement discuter avec eux pour revoir ensemble la taxation de ce secteur pour qu’elle soit une taxation optimum pour les entreprises bien sûr, mais aussi ceux qui la commercialisent et aussi pour l’Etat.

B24 : Quel sera le taux des taxes sur les propriétés bâties et non bâties et quelles propriétés sont visées ?

A.B : Au fait le montant n’est pas très élevé puisque c’est un taux de 0,1% des investissements ou de la valeur de la  parcelle.

Si vous avez une parcelle neuve par exemple dont la valeur est estimée à 6 millions de F CFA, le taux dans ce cas est de 0,2%.  0,2% multiplié par 6 000 000 de F CFA font 12 000 F CFA pour toute l’année. Ce n’est quand même pas cher payé pour la possession foncière. Si vous avez par exemple une maison construite, ce sont les investissements. Et si ces investissements font 10 millions de F CFA, vous payez 0,1%. Cela  fait 10 000 F CFA pour une maison de 10 millions de F CFA. Ce n’est pas trop cher payé.

 Ce qu’il faut ajouter,  c’est que ça ne concerne pas tout le monde. Cela ne concerne pas tous ceux qui sont dans les zones non-emménagées, ceux qui vivent dans les villages et dans les non-lotis. A eux seuls, ils constituent entre 75% à 80% des habitants vivant au Burkina Faso. Deuxièmement, cela ne concerne pas tous ceux qui ont une seule parcelle.

En fait, ça ne concerne que les plus nantis, ceux qui ont une maison et qui ont (en plus) deux, trois ou quatre parcelles. A ces gens,  on leur demande de payer 10 000 F CFA par an pour cette deuxième maison qui vaut 10 millions de F CFA. Ou 20 000  F CFA par an pour une maison qui vaut 20 millions de F CFA.

Les gens ne devraient pas se plaindre pour ça. A notre humble avis, les gens devraient nous encourager pour qu’on augmente les taux afin que l’effort de contribution soit un peu partagé pour tout le monde.

B24: A quand l’application de ces nouvelles taxes ?

A.B : Le 1er septembre 2016.

Propos recueillis par Issouf NASSA

Burkina24

2 Commentaires

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  • ANALYSTE
    30 juillet 2016 at 13 h 52 min - Reply

    On plafonne les loyers dans le même temps on taxe ceux qui ont plus d’une maison et dans le même temps également on ne travaille pas à u juste le prix des matériaux de construction,on ne maîtrise pas le prix des terrains….. pour permettre aux gens d’avoir une maison. …… L’état non plus ne construit pas de cités á conditions souples…..Suis pas un expert, mais rendez vous dans quelques années pour gérer une crise du logement au Burkina.

  • Bintoa
    1 août 2016 at 0 h 41 min - Reply

    Commencez par récupérer tous nos sous qui sont al extérieur avec ceux qui ont fui. D autres cherchent à vendre leurs biens volés. Je n ai pas appris qu il ait des mesures pour récupérer ou les empêcher de vendre.

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