Bagrépôle : PAP et responsables du projet tirent la couverture, chacun de son côté

L’aménagement des périmètres irrigués dans le cadre du projet Bagrépôle, est en  train d’être mis en place dans cette zone du Burkina. Les populations égrainent des doléances à l’endroit des responsables du projet. Dans le cadre d’une sortie de production organisée par le Réseau d’initiatives de journalistes (RIJ) en partenariat avec Oxfam, nous avons rencontré certaines d’entre elles.

L’installation du projet est une très bonne chose, disent la plupart, car il y a la radio qui leur permet de s’exprimer, les centres de formation, la représentation de la maison de l’entreprise, l’installation d’usines et la création d’emplois. «Mais le problème est qu’il n’y a pas d’accompagnement après la formation. Ils ont prévus de bitumer des voies mais ce n’est pas encore fait et l’accessibilité dans la zone de production est difficile», a dit Adamou Boundaogo, habitant de Bagré village.

Adamou Boundaogo, habitant de Bagré village

Adamou Boundaogo, habitant de Bagré village

Le projet Bagrépôle a fait beaucoup de réalisations à Bagré comme le centre d’activités diverses, les marchés de poissons, et de bétails, la formation de plus de 12000 personnes, la création de plus de 18000 emplois, la dotation de 7 communes en ambulance, les aménagements hydro-agricoles, l’amélioration du rendement à l’hectare (de 4,5 à 6 tonnes/ha), la mise en place de la pépinière apicole, selon le responsable du suivi-évaluation, Pascal Kaboré.

Les personnes affectées par le projet (PAP) fustigent cependant certaines situations qui ne leur permettent pas de s’épanouir. Les déguerpissements ne sont pas du tout du goût de certains, eux qui après des décennies  se voient obligés de se déplacer vers d’autres zones.

Plus d’un milliards d’indemnisation

Selon certains, les parcelles où ils vont désormais loger ne sont pas encore déterminées ; pour d’autres qui en ont, pas de titre foncier et les exploitations sont très éloignées des lieux d’habitation. Il se pose aussi la question d’accessibilité à la terre. Les autochtones se voient attribués une superficie qui ne leur permet pas de survire avec leurs familles nombreuses.

A cette question, le Directeur de la valorisation économique, Etienne Kaboré, précise que les attributions de parcelles aménagées par Bagrépôle n’ont pas encore commencé et que les aménagements sont toujours en cours. Par ailleurs, dit-il, les indemnisations ont été effectuées à hauteur de 1,205 milliards de F CFA et concernent la perte de récoltes, d’habitat, d’arbres et de vergers.

Etienne Kaboré, Directeur de la valorisation économique, Bagrépôle

Etienne Kaboré, Directeur de la valorisation économique, Bagrépôle

Les indemnisations pour la perte de récoltes sont faites en fin de campagne des récoltes, alors que les intéressés en réclament avant. «C’est au moment où vous devrez jouir de vos récolte, qu’on vous donne l’argent mais pas avant. Si on le donne avant, cet argent va être utilisé à autre chose», affirme Etienne Kaboré.

Pour Tarnagda W. Seydou, PAP de Boakla,  avec 4 femmes, plus de 10 enfants et des petits-fils, un seul hectare ne suffit pas. M. Tarnagda qualifie la situation comme celle d’un animal attaché à un même endroit pendant des jours, et qui après avoir brouté toute l’herbe accessible n’a plus rien.

Pourtant, «la superficie est compensée proportionnellement à ce que vous avez perdu selon des règles de calcul», déclare M. Kaboré selon lequel les PAP attributaires seront désormais sur des terres sécurisées avec la possibilité d’une production intensive (avec deux à trois campagnes dans l’année).

Périmètres insuffisantes

Au-delà de l’insuffisance des périmètres qui leur sont attribués, les exploitants familiaux ou petits producteurs regroupés au sein de l’Union des groupements de producteurs de riz de Bagré (UGPRB) dénoncent l’octroi de grandes superficies aux agro businessmen qui, très souvent les exploitent peu ou même pas. L’union  souhaite plus d’égard aux autochtones, la subvention des intrants et une bonne politique de commercialisation du riz.

Les responsables de Bagrépôle en sont conscients et travaillent à trouver une solution surtout dans le respect des dispositions légales à partir du moment où ces attributions ont été faites avant le début de Bagrépôle, par la Maîtrise d’ouvrage de Bagré (MOB). Bagrépôle l’a seulement fait à titre pilote selon Etienne Kaboré.

Ousmane Singbéogo, PAP, Loaba

Ousmane Singbéogo, PAP, Loaba

Quant aux PAP relogées de Loaba et originaires de Biiré, bien que dédommagées régulièrement, elles se sentent dans un désespoir.  L’argent du dédommagement leur a été donné, mais «Nous avons fini de dépenser et nous attendons la prochaine tranche qui tarde à venir», rétorque Ousmane Singbéogo.

Loaba compte 70 ménages essentiellement Mossi, et ne dispose pas pour l’instant d’école, ni de centre de santé, ni de forage. Jeunes comme femmes déplorent le manque d’emploi, de terrain de sport, de marché et de route. Là aussi, le directeur de la valorisation économique nous apprend que le site initialement choisi et qui n’était pas Loaba, devrait permettre à ces PAP de profiter de ces commodités déjà existantes. En fait, c’est eux même qui ont décidé de s’installer à Loaba pour des raisons de chefferie, précise M. Kaboré.

Les dés étant jetés, les PAP, demandent aux responsables de Bagrépôle de tenir compte des besoins réels des ménages en termes de superficies exploitables, de rendre viables les sites de réinstallation afin que leur nouvelle vie ne soit pas une charge mais une opportunité.

Adama Bantango, Président de l'Union national des groupements de producteurs de riz de Bagré

Adama Bantango, Président de l’Union des groupements de producteurs de riz de Bagré (UGPRB)

Un mécanisme de gestion des plaintes

Le projet Bagrépôle est confronté à certaines difficultés comme le respect des délais de paiement des dédommagements, l’indemnisation des arbres fruitiers sur le long terme, la rareté des terres, les difficultés financières. L’insurrection populaire d’octobre 2014 est venue raviver certaines.

Le dialogue se poursuit entre les populations et le projet en vue d’aplanir les différends et les difficultés, à travers un mécanisme de gestion des plaintes. «On enregistre les plaintes et le cahier est géré par les CVD qui nous l’envoie et nous transmettons les plaintes à l’opérateur. Il nous faut prendre en charge tous les conflits et les réclamations posées», nous dit Etienne Kaboré.

Ce qu’il faut savoir c’est que Bagrépôle a débuté les travaux d’aménagement en octobre 2014. Les producteurs, eux, y sont installés bien avant, pour certains depuis les années 1980 jusqu’à l’époque de la MOB.

Boureima LANKOANDE

Burkina24

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