Filière karité : trouver des voies et moyens optimum pour la pérennisation de l’espèce

L’arbre de karité est une espèce de nos jours menacée par plusieurs facteurs dont une certaine négligence de l’Homme à son égard dans nombre de pays africain. Cependant, plusieurs produits provenant des fruits de cet arbre constituent des produits utilitaires thérapeutiques, cosmétiques pour l’espèce humaine. Pour en savoir plus, Burkina24 a rencontré Zeba Boukary gérant de Karilor international au Burkina Faso, une entreprise spécialisée dans la transformation du beurre de karité.

Pouvez-vous présenter votre entreprise à nos lecteurs ?

Karilor International est une SARL spécialisée dans la transformation du beurre de karité pour en faire des produits cosmétiques notamment savon, pommade, crème et d’autres dérivées. La société existe depuis 1995. Elle est passée par plusieurs étapes avant de devenir Karilor International, elle avait été créée sous le nom de Faso Damon en 1995 avant de devenir EPS Karilor en 2000 et ensuite Karilor International en 2006. Et elle est restée Karilor International depuis 2006 mais avec une ouverture de capital avec d’autres partenaires.

Qu’est ce qui vous a motivé à créer l’entreprise ?

J’ai fait un Diplôme d’études universitaires générales (DEUG) en physique chimie à l’université de Ouagadougou et en 1991, j’ai été admis au Centre national de recherche scientifique et technologique (CNRST) comme aide-chercheur où j’ai travaillé dans un projet intitulé Projet huile végétale. C’était un projet qui faisait la recherche sur les huiles végétales notamment le beurre de karité et tout ce qui est huile végétale au niveau du Burkina. C’est comme ça que je me suis formé à la connaissance des huiles. Après 1994, à la fin de mon contrat j’ai décidé de mettre en pratique mes connaissances apprises durant mon séjour au CNRST, c’est ainsi que je me suis lancé dans la transformation du beurre de karité depuis 1995.

Quels objectifs visez-vous à travers justement la création de Karilor ?

A l’horizon c’était d’abord pour m’auto-employer puisqu’après le contrat il fallait trouver de quoi vivre. Donc l’objectif est dans un premier temps de m’auto-employer et par la suite c’est devenu ce que c’est aujourd’hui avec plus d’une vingtaine d’employés.

Quels sont ces produits dérivés du beurre de karité que vous produisez ?

Zeba Boukary Karilor interBon ! A partir du beurre de karité, nous avions en tout cas une gamme assez large de produits; nous avons des produits pour le corps et dans ces produits pour le corps vous avez des sous produits à base de coco, à base de l’amende et également des produits pour les cheveux, nous avons des shampoing et d’autres types de produits que nous mettons sur le marché. Il y a également des crèmes et les laits qui sont d’autres lots de produits et vous avez aussi des savons de lessive, de toilette. Donc c’est vraiment une panoplie de produits qu’on a et lorsque vous venez à notre boutique vous allez trouver et sortir avec quelque chose.

Est-ce que vous entretenez pour parler justement de votre entreprise des partenariats avec d’autres entreprises qui font peut-être la même chose que vous au Burkina Faso?

Non, non, partenariat avec d’autres structures pas vraiment. Cependant, comme on évolue dans le domaine du beurre de karité, donc nous sommes membre de l’association filière karité, et nous sommes membre fondateur d’ailleurs et nous avons été président cette structure de 2008 à 2011. A travers cette organisation on arrive à travailler avec un certain nombre de partenaires qui œuvrent au niveau de la filière karité notamment les coopérations canadienne et danoise qui œuvrent pour la valorisation du beurre de karité. C’est un peu ce genre de partenariat qu’on a sinon on n’a pas d’autres collaborations en tant que telles avec d’autres entreprises qui font la même chose que nous. Vous savez c’est un domaine un peu délicat, je ne peux pas rentrer dans les détails, mais vous comprendrez que pour un secteur de transformation cosmétique et chimique, il y a des petits secrets qui font que le développement n’est pas souvent évident.

Est-ce à dire que dans ce cas qu’il n’y a pas, vous ne sentez pas une concurrence au Burkina Faso ?

On sent une concurrence depuis un certain nombre d’années, depuis trois à quatre ans, d’abord il y a des unités qui sont régulièrement recyclées qui font la même chose que nous. Il y a également de associations féminines qui se disent association mais aujourd’hui avec les subventions publiques que ces associations reçoivent. elles sont devenu pratiquement des entrepreneurs voilés parce que n’étant pas inscrits sur le registre de l’entreprise mais font la même chose que nous et qui nous font de la concurrence déloyale, parce que nous n’avons pas les mêmes charges. Il y a aujourd’hui pas mal d’associations qui font presque la même chose que nous, qui essaient souvent même de nous copier ; et à côté de ça, il y a des pseudo-entrepreneurs qui ne savent qu’imiter les gens. Tout ce beau monde-là a contribué à nous créer pas mal de difficultés mais heureusement qu’avec le temps la plupart des clients se sont rendu compte que c’était de la contrefaçon et que ça ne répondait pas vraiment à leur besoin et depuis un, deux ans ces clients ont commencé à revenir vers nous et ça nous permet aujourd’hui de reprendre un peu de force.

Quelles sont les innovations que vous avez entreprises au sein de votre entreprise?

Oui, nous essayons d’innover effectivement et vous savez que c’est dans le domaine du cosmétique et en la matière les produits arrivent à un certain moment à leur paroxysme, et il faut souvent innover donc on essaie dans ce cadre-là de créer de nouveaux produits pour toujours tenir la route et créer de nouvelles gammes avec des parfums. Nous essayons chaque fois de créer un ou deux produits pour pouvoir améliorer notre gamme afin de satisfaire notre clientèle. Depuis deux ans nous avons également essayé de diversifier notre production et on est en train de mettre en place une unité de transformation pour faire d’une part du jus de karité et d’autres jus à base de produits forestiers. Cela veut dire que nous sommes effectivement conscients du fait qu’on doit innover, du fait qu’on doit toujours chercher à être la pointe de la technologie pour pouvoir continuer à survivre.

Est-ce que vous avez d’autres perspectives ou des défis que votre entreprise se doit de relever ?

Les perspectives c’est d’abord essayer de reprendre le marché qu’on a perdu avec la concurrence qui s’est greffée à nos pieds et continuer à augmenter notre part de marché également en allant vers de nouveaux marchés. Il faut qu’on aille au niveau de la sous-région et continuer à maintenir ce marché, à le diversifier et faire en sorte que Karilor soit une entreprise phare au Burkina Faso au niveau du Cosmétique.

Avez-vous des représentations dans d’autres pays ?

Effectivement, le mot international s’explique par le fait que nous vendons environ 30 à 40% de nos produits au niveau de la sous-région : au Niger, au Mali, au Sénégal et depuis un moment en Côte d’ivoire et au Ghana. Nous arrivons à écouler sur le marché européen, sur le marché canadien et celui américain. Nous sommes vraiment sur la tendance internationale pour faire de notre entreprise, une entreprise à caractère international.

Qu’est ce qui a été à la base de ce succès ?

Ma formation est à la base de mon succès et comme je vous l’ai dit je suis chimiste de formation donc je connais un peu mieux le domaine dans lequel je suis. Et ce qui n’est pas évident pour les autres acteurs qui essaient de faire comme nous. Cette connaissance de la chimie et de la chimie des huiles, me permet de faire des produits qui sont de bonne qualité. Vous savez qu’on est en cosmétique, et lorsque vous achetez un produit et qu’il n’est pas bon, vous ne voulez plus l’acheter. Si depuis 20 ans nous sommes là, c’est parce que les gens ont fait confiance à nos produits et cela s’explique par le fait qu’on a pu tenir jusque-là et traverser les moments difficiles, avec toutes les concurrences que nous avions connues. En somme, ma base c’est ma formation.

Qu’est-ce que vous entreprenez pour pérenniser l’arbre de karité d’autant plus que son fruit est votre matière première?

Oui vous aviez raison, effectivement notre matière première c’est le beurre de karité. Ce beurre de karité, nous l’achetons auprès des femmes dans plusieurs villages au niveau du Burkina Faso. Pour répondre à votre question, je suis membre de la filière karité, membre fondateur d’ailleurs depuis 2000. Je me suis intéressé à la table filière karité à travers laquelle on lutte justement pour sauver le karité et on mène beaucoup d’actions au niveau de la filière. Donc c’est un peu comme ça notre contribution à pouvoir pérenniser cet arbre pour les générations futures. Sinon que je suis bien d’accord avec vous et c’est un arbre qui est beaucoup menacé depuis un certain temps. J’essaie à ma manière d’apporter ma pierre à travers l’organisation faitière qui est la table filière karité. J’ai participé à presqu’à toutes les rencontres, tous les plaidoyers et je continue toujours à être actif au niveau de la table filière karité au Burkina Faso et pour justement contribuer à pérenniser l’arbre à karité.

Quels genres d’activités vous menez dans ce sens ?

Ça va être un peu long si je veux développer mais au niveau de la filière karité, on mène tout ce que pouviez-vous imaginer comme activité pour la sauvegarde de l’arbre de karité.

Quels sont les conseils que vous pouvez adresser aux jeunes burkinabè qui voudraient s’essayer dans l’entreprenariat, d’autant plus que l’Etat ne parvient pas à employer bon nombre de ces jeunes ?

Je les encourage à entreprendre, c’est ce que vous aviez dit : l’Etat n’arrive plus à absorber tous ceux qui sortent des formations sur le marché de l’emploi donc la solution qu’on a aujourd’hui c’est l’auto-emploi. C’est la création d’entreprise pour s’employer et employer d’autres personnes.  Cependant, il faudra que ceux qui veulent venir dans ce domaine-là, s’arment pour ne pas se décourager dès les premières difficultés car nous sommes dans un pays où il n’est pas vraiment facile d’entreprendre. Il y a de beaux discours mais la réalité c’est tout autre chose donc il faut être vraiment courageux et se dire qu’on serait confronté à n’importe quelle difficulté et être prêt pour les surmonter, tenir et arriver à bon port.

Entretien réalisé par Boureima LANKOANDE le 15 octobre

Burkina24

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