Léopold Ouédraogo : « Les sociétés cotées en bourse ont une pérennité que celles non cotées n’ont pas »

Comment fonctionne le marché boursier ?  Quels sont les avantages d’investir en bourse pour les particuliers et les entreprises ? Dans le but d’avoir des explications sur le fonctionnement du marché boursier et le rôle des sociétés d’intermédiaires (SGI), nous avons rencontré le directeur de l’antenne nationale de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) au Burkina Faso, Léopold Ouédraogo.

Burkina 24 (B24) : La bourse, en langage facile ?

Léopold Ouédraogo (LO) : Une bourse est un marché spécialisé de vente et d’achat des produits financiers qui sont représentés par des titres. Les titres financiers qui sont traités sur notre bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) ce sont les actions, les obligations et enfin les droits qui sont issus des premiers titres.

Les actions représentent des titres de propriété. Quand vous êtes actionnaire, vous êtes propriétaire d’une part du capital de la société dont vous détenez les actions. Les obligations sont des titres de créance et représentent un emprunt qu’une structure qui peut être l’Etat ou une entreprise fait auprès du public (les populations et les entités économiques).

Etant un marché, ce sont ces titres qui s’y échangent. C’est le lieu de rencontre de toutes les personnes  désirant acquérir ces titres et toutes les personnes désirant vendre ces titres. Le prix de ces titres va s’établir selon le jeu de l’offre et de la demande, c’est ce prix qui constitue le cours en bourse.

La bourse est également le lieu de rencontre  entre ceux qui ont un excédent d’argent, c’est-à-dire de l’épargne et les structures qui ont besoin de cette épargne pour se développer. Dans ce cadre, la bourse devient un lieu de placement de l’épargne et aussi un lieu de collecte de financement pour les entreprises et les Etats.

B24 : Quels sont les différents acteurs qui interviennent dans une bourse ?

LO : Au niveau d’une bourse, vous avez plusieurs acteurs. Le plus simple c’est de vous présenter l’architecture du marché financier parce que la bourse n’est qu’un élément de ce marché financier. Au niveau de la sous-région, le marché financier est régional et couvre tous les pays de l’UEMOA.

Ce marché financier a un organe de régulation qui est le conseil régional de l‘épargne publique et des marchés financiers (CREPMF) qui est basé à Abidjan en Côte d’Ivoire. C’est un organe public. Ensuite, on a les structures centrales du marché. La principale structure du marché est la bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM). A côté d’elle une société  sœur qu’on appelle le dépositaire central banque de règlement (DCBR) qui a aussi un rôle important dans ce marché.

Léopold Ouédraogo,directeur de l’antenne nationale de la bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) au Burkina Faso,
Léopold Ouédraogo, directeur de l’antenne nationale de la BRVM au Burkina Faso

La BRVM et le DCBR sont des structures conçues sous la forme de sociétés anonymes et qui sont concessionnaires du service publique. Elles tiennent leur légitimité du fait que les Etats leur ont concédé le fait de pouvoir assurer ce rôle de cotation des valeurs mobilières et de conservateur central. Après ces structures centrales du marché, vous avez maintenant les intervenants commerciaux.

Il s‘agit, entre autres, des sociétés de gestion et d’intermédiation (SGI), les sociétés de gestion de patrimoine, les apporteurs d’affaires, les démarcheurs et les conseils en investissement boursier. D’un autre côté, vous avez le public investisseur, c’est-à-dire  ceux qui apportent leur argent et les émetteurs,  c’est-à-dire les entreprises et les Etats qui viennent chercher cet argent.

B24 : Quelle est la procédure que doit entreprendre une entreprise pour être cotée en Bourse ?

LO : Pour les entreprises, elles  doivent élaborer un dossier. Le principe de la collecte des ressources financières sur le marché est réglementé. Si vous voulez passer par ce principe pour vous financer, vous devez faire un dossier à soumettre au conseil régional de l’épargne publique et des marchés financiers.  Pour cela, l’entreprise ou l’individu ne peut avoir accès au conseil régional.

Il faut passer par un intermédiaire agréé qui est une SGI qui va accompagner l’entreprise et qui va faire toutes les démarches. C’est à l’issue de cette démarche que l’entreprise peut avoir l’autorisation de procéder à cette opération de collecte d’épargne pour se financer. Mais avant,  l’entreprise doit répondre à un certain nombre de critères. En effet, entre autres, l’entreprise doit être une société anonyme, présenter des états financiers d’au moins de deux ans.

B24 : Quels sont les avantages et les inconvénients d’une entreprise d’être cotée en bourse ?

LO : Une entreprise qui est cotée en bourse, j’allais dire qu’il n’y a quasiment que des avantages sauf qu’il y a quelques contraintes. Une entreprise qui vient en bourse, le premier des avantages c’est la possibilité de se financer à tout moment et pour des sommes importantes.

A titre d’exemple, l’ONATEL est venu sur le marché pour un premier emprunt de 9 milliards ensuite 16 milliards. Ce qui était énorme en son temps. Une autre forme est le financement par ouverture de capital,  c’est-à-dire une augmentation de capital par émission d’actions nouvelles. En plus du financement, il y a les aspects de notoriété. La plupart des sociétés cotées en bourse ont une pérennité que les sociétés non cotées n’ont pas.

Par le jeu de fusion, acquisition et absorption, ces sociétés peuvent facilement passer d’une main à l’autre sans par exemple, de passer à une liquidation et la fermeture de ladite société. Les informations d’une société cotée sont publiques parce qu’elles sont mises à la disposition du marché.

Le revers de la médaille, c’est surtout des contraintes. Assurer une gouvernance sans reproche. La société doit présenter ses états financiers devant l’ensemble des actionnaires. Ce bilan peut être critiqué ou félicité par les actionnaires. Egalement des contraintes de transparence avec des états financiers qui doivent être irréprochables.

B24 : Combien d’entreprises sont cotées en bourse au Burkina Faso?

LO : Sur le marché des actions, il y a trois entreprises. Ce qui place le Burkina Faso en 2e place en termes de sociétés cotées dans l’UEMOA après la Côte d’Ivoire. Au Burkina Faso, l’ONATEL SA est cotée depuis 2009, la 2e c’est la BOA Burkina en 2010 et enfin Coris Bank International Burkina.

B24 : Quels sont les avantages pour un particulier qui a un excédent financier et qui aimerait  fructifier son argent à travers le marché financier?

LO : C’est relativement simple. Nous avons un système qui s’apparente au système bancaire. Les sociétés de gestion et d’intermédiation ont un monopole d’intervention sur un certain nombre d’opérations en bourse. Ce sont les SGI qui aident les entreprises et les Etats à faire les démarches pour aller chercher de l’argent sur le marché. Ce sont également les SGI qui sont chargées de faire le placement.

Si un particulier veut acheter des titres ou placer son argent, il doit voir une des SGI qui vont faire ouvrir un compte-titre à alimenter. Et quand la SGI  utilisera votre argent pour des achats des titres, les titres viendront se loger dans le même compte-titre. Ainsi, votre compte-titre a une partie titre qui enregistre vos titres et une partie liquidité qui enregistre vos espèces.

C’est vous qui décidez d’acheter des titres de l’une des sociétés cotées à travers votre SGI. Et si de l’autre côté, il y a des vendeurs qui sont dans les mêmes conditions que vous,  l’opération va se faire. Si l’ordre est satisfait, vous allez recevoir les actions demandées. Dans votre compte-titre vous allez voir apparaître les actions achetées et en même temps, la partie liquidité du compte va être diminuée du montant de l’achat que vous avez fait. A la fin de l’exercice, la société payera des dividendes et ils seront déposés sur votre compte dans la partie liquidité de votre compte-titre.

Propos recueillis par Jules César KABORE

Burkina 24

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