UMOA : Les politiques monétaire et de change sous la plume de Franck Bationo

Le spécialiste en économie, monnaie, finance et intégration régionale, Bassambié Franck Bationo, a disséqué les politiques monétaire et de change de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) sur les 323 pages d’un livre. Ce dernier, intitulé “Politiques monétaire et de change : Le Franc CFA, un choix optimal pour l’Union monétaire ouest-africaine”, expose les principes de gouvernance des banques centrales, la pertinence du choix des régimes de change et la stratégie de mise en oeuvre du F CFA. Dans un langage le plus simplifié possible, celui qui a été Directeur général de l’économie et de la monnaie (DGEM) à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) dégage des perspectives pour l’espace monétaire. Actualité oblige, il donne aussi son éclairage sur le F CFA, ses atouts et les principes qui le guident. Dans cette interview, l’auteur donne quelques clés de lecture de l’ouvrage paru aux éditions “L’Harmatan” et préfacé par Adama Diaw, président du Comité technique spécialisé des Sciences économiques et de gestion du CAMES.

Burkina24 (B24)  : Quel est l’objectif principal de l’édition de ce livre ?

Basambié Franck Bationo (B.F.B) : Ce livre a pour but d’expliquer le fonctionnement des banques centrales et de la politique monétaire commune de l’UEMOA. Il décrit les différents régimes de change et donne les arguments qui militent pour le choix d’un régime de change. C’est effectivement important de permettre aux populations de l’Union de mieux connaître leur monnaie, le franc de la Communauté Financière Africaine (FCFA), de s’approprier les spécificités de notre union monétaire basée sur la solidarité et de comparer les performances financières de l’Union à celles des autres pays africains.

B24 : Le titre de votre ouvrage est une question. « Le Franc CFA, un choix optimal pour l’UEMOA ? ». Quelle est votre réponse ?

BFB : Le choix de ce titre est justement une question pour permettre au lecteur de se faire sa propre opinion sur le franc CFA. Il pourra prendre ainsi connaissance d’un travail de recherche scientifique qui compare la politique monétaire commune de l’Union, sur le plan théorique et pratique, à ce qui est fait de mieux à travers le monde. Cela permet également d’éviter les polémiques liées à l’actualité car le livre a pour ambition aussi de contribuer aux enseignements sur les politiques monétaire, de change et financière.

B24 : De plus en plus de voix s’élèvent pour décrier le  F CFA et souhaiter son désarrimage à l’euro. Quelle est votre position ?

BFB : Je dirai que nous avons beaucoup de motifs de satisfaction dans la conduite de la politique monétaire commune dans notre zone. L’UEMOA enregistre chaque année une croissance économique de plus de 6,5% depuis sept ans, deux fois plus forte que celle de l’Afrique subsaharienne. L’inflation reste faible comparée à des taux de plus de 10% dans la plupart des pays qui nous entourent. La banque centrale prête aux banques commerciales à un taux de 2,5% contre plus de 14% au Ghana et au Nigeria.

Le volume du crédit à l’économie se situe à 31% du PIB en 2018, largement au dessus de la moyenne africaine et loin devant les autres pays de la CEDEAO. On apprécie la qualité d’une monnaie, au regard des objectifs attendus et les résultats sont aujourd’hui au rendez-vous. On peut également dire que les pays de l’UEMOA ont fait preuve de résilience malgré les chocs multiples auxquels ils font face.

L’arrimage à l’euro n’est pas non plus un problème en soi. Cela permet d’avoir une monnaie stable, prisée par les populations et les opérateurs économiques pour faire plus facilement leurs transactions financières et le paiement de leurs échanges extérieurs. L’euro est une devise internationale comme le dollar des Etats-Unis.

Sur les 189 pays recensés par le FMI, le régime de change fixe demeure le plus important, seulement une trentaine de pays ont un régime de flottement libre. Par ailleurs, la plupart des monnaies dans le monde sont rattachées aux cinq grandes devises (dollar des Etats-Unis, euro, livre sterling, yen japonais et yuan chinois). Sociologiquement, le FCFA est apprécié par les populations de l’Union et même au-delà de nos frontières.

B24 : Vous soutenez dans le livre que le F CFA n’est pas une aliénation des Etats de l’UEMOA à l’ancienne colonie, encore moins une « monnaie coloniale ». C’est cependant l’avis contraire récemment développé par certains dirigeants de l’Italie. Pour eux, le F CFA est une arme utilisée par la France pour appauvrir les Etats africains, précisément francophones. Partagez-vous cet avis ?

BFB : Je peux vous confirmer que la BCEAO ne paie aucun franc à la France. Au contraire, les réserves de change de la BCEAO sont rémunérées à un taux conventionnel plus élevé que celui offert par les marchés. C’est peut-être le lieu de rappeler que la BCEAO détient aussi des réserves de change dans plus de 30 comptes à travers plusieurs pays mais seul celui détenu en France fait l’objet de polémique récurrente.

Quant à la monnaie, le FCFA, elle n’a cours légal que dans les huit pays l’UEMOA. C’est donc une monnaie africaine, émise  par des Africains à travers les agences de la BCEAO installées dans les pays de l’Union. Les agents de la BCEAO sont tous des ressortissants de l’UEMOA. Ce sont eux, sous la conduite de leur gouverneur, qui mettent en œuvre au jour le jour la politique monétaire commune.

B24 : Les Etats semblent réticents à rompre le joug ou, du moins, la « collaboration » avec la France. Quels risques  y a-t-il fondamentalement si le  F CFA n’est plus arrimé au trésor public français ?

BFB  : Dans le contexte actuel de mondialisation, je pense que nos États collaborent déjà avec plusieurs pays sous diverses formes. Les échanges commerciaux et les partenariats financiers le montrent clairement. C’est maintenant, à chaque pays de se déterminer en fonction de ses intérêts.

Quant au franc CFA, il fonctionne comme toutes les monnaies de référence dans le monde. C’est une monnaie bien gérée, soutenue par les fondamentaux de nos économies. Elle bénéficie juste d’une garantie du Trésor français dans le cadre de l’accord de coopération. 

Propos recueillis par Abdou ZOURE

Burkina24
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