Yvonne Clémence Bambara : « Manger au restaurant «le Yèlèmani », c’est faire une œuvre sociale »

Bon nombre de Burkinabè, notamment les fonctionnaires, les travailleurs, les commerçants, les élèves, les étudiants, les ouvriers  prennent au moins un repas par jour en dehors de la famille, plus précisément dans les restaurants publics. La restauration est une activité dans laquelle les femmes sont très actives. Une sœur religieuse, Yvonne Clémence Bambara,  propriétaire du restaurant «le Yèlèmani » dans la ville de Bobo-Dioulasso au secteur 22, s’est prêtée aux questions du site lesaffairesbf afin de partager son expérience et de présenter davantage son activité.

Burkina 24 (B24) : Quel lien entre votre sacerdoce et la restauration ?

Yvonne Clémence Bambara (YCB) : Je m’appelle sœur Yvonne Clémence Bambara. Je suis religieuse de la congrégation des sœurs du Bon Pasteur depuis 23 ans. Le  charisme de notre congrégation est de témoigner de la miséricorde et de la tendresse de Jésus Bon Pasteur à toute personne particulièrement aux jeunes filles, aux femmes et enfants qui vivent dans des situations de pauvreté et d’exploitation.

Dans notre annonce de l’Évangile, nous développons en même tant avec ces personnes, des programmes de conscientisation pour leur donner des moyens de défendre et de jouir de leurs droits, de réduire leur situation de pauvreté. Nous luttons contre le trafic des jeunes filles. Nous avons une structure d’accueil pour filles en conflit avec la famille pour des mariages forcés, des grossesses non désirées, des abus sexuels…

Burkina 24 (B24) : Pourquoi avoir choisi de faire la restauration ?

YCB : Nous sommes parties du constat que dans le contexte du Burkina Faso, les 2/3 des jeunes filles déscolarisées et celles non scolarisées qui veulent faire une formation professionnelle vont choisir la couture ou la coiffure. Leur formation n’est pas complète car après 3 ans dans un centre ménager, plusieurs ne savent à peine que faire des layettes.

Le deuxième constat est le fait que les jeunes filles qui travaillent dans les familles comme employées de maison n’ont reçu aucune formation préalable. Elles viennent des familles très pauvres ou des villages vers la ville et sont exposées à toutes sortes d’exploitation et de sévices en ville.

Yvonne Clémence Bambara,  détentrice du restaurant «le Yèlèmani » dans la ville de Bobo-Dioulasso au secteur 22

Compte tenu de ces situations, nous avons pensé à la création d’un centre de formation en cuisine et pâtisserie pour les jeunes filles. A ce jour, 110 jeunes filles ont été formées et 8 jeunes hommes. La création d’un restaurant liée à cette formation des jeunes est d’offrir une opportunité de pratiquer de la cuisine et du service de table afin d’avoir des opportunités d’emploi non seulement dans des familles mais dans des structures de restauration avec un salaire plus conséquent dont le minimum est désormais de 20 000 F CFA alors que ces filles avaient  entre 5000 à 8000 F CFA par mois.

Le restaurant est une œuvre sociale mais aussi économique. Le restaurant n’a pas pour objectif principal de faire le profit pour le profit mais d’offrir un cadre de formation aux jeunes filles marginalisées d’une part, d’autre part par sa rentabilité, de soutenir le fonctionnement du Centre de transit Havre du Bon Pasteur où sont accueillies les filles et femmes en difficulté. Le restaurant constitue un moyen d’auto financement pour le centre de transit.

Manger au restaurant «le Yèlèmani », c’est faire une œuvre sociale, c’est contribuer à la prise en charge des jeunes filles et femmes en difficulté. Nous profitons ici remercier tous nos fidèles clients qui mangent régulièrement au restaurant « le Yèlèmani ».

B24 : Quelles sont vos spécialités ?

YCB : En spécialité africaine nous avons du riz à la pâte d’arachide, du foutou, du faro, du gnonkon… et des jus naturels comme le bissap, le gingembre, le tamarin et le zoom koom. En spécialité européenne,  nous avons des pizzas, des filets de capitaines à la crème fraîche, du curry d’agneau. Beaucoup de personnes apprécient aussi nos gigots d’agneau au four. En fast-food nous avons du hamburger et du chawarma.

B24 : Quelles sont les autres prestations dans le domaine de la restauration, que vous-  faites ?

YCB : Nous faisons du service traiteur donc nous nous déplaçons pour offrir nos services en dehors du restaurant. Le restaurant dispose d’une pâtisserie et nous faisons aussi des gâteaux d’anniversaire et de mariage. Nous disposons également d’une grande terrasse pour les mariages, les anniversaires et les spectacles. Par ailleurs, nous avons aussi une salle de conférence climatisée pour 35 personnes.

Le restaurant «le Yèlèmani » dans la ville de Bobo-Dioulasso au secteur 22

B24 : Qu’est ce qui distingue votre restaurant des autres ?

YCB : Comme je le disais précédemment, nous avons des plats de 500  F pour l’ouvrier et des plats de 5.000 F pour le fonctionnaire ou le cadre. Chacun peut trouver à manger selon sa bourse et son goût. Egalement, il y a la carte pour ceux qui désirent manger des crevettes sautées à l’ail ou du gigot d’agneau, etc. Notre restaurant est un beau cadre de rencontre et d’échange avec la possibilité d’être sur la terrasse et d’avoir une vue du quartier (secteur 22). C’est un lieu calme et discret. La cuisine est très bonne et moins chère.

B24 : Combien de personnes employez-vous ?

YCB : Nous avons dix employés. Les personnes en formation appuient aussi le personnel en tant que stagiaires.

B24 : Le métier de restauratrice nourrit-il son Homme ?

YCB : Je crois que oui. Mais nous sommes encore jeunes dans le milieu, seulement 3 ans et la position géographique du restaurant qui n’est pas au centre ville joue aussi à notre défaveur. Le cadre aussi est tellement classe que cela fait peur à certaines personnes à cause de la terrasse. Beaucoup pensent que c’est pour les « toubabs ». Notre souhait est d’offrir un beau cadre à Bobo-Dioulasso à nos frères et sœurs du pays pour se divertir et se restaurer.

B24 : Quelles sont vos perspectives pour l’avenir ?

YCB : Réaménager la terrasse afin qu’elle soit utilisable pendant la saison des pluies sans empêcher les clients de contempler la nature. Ouvrir une pâtisserie et un glacier à côté du restaurant et non pas dans le restaurant comme présentement.

B24 : La tendance est à consommer Burkinabè. Les ingrédients comme le riz burkinabè sont-ils présents dans vos plats ?

YCB : Nous privilégions la consommation de nos produits locaux comme le riz de Bama. Nous travaillons à la consommation bio. Par exemple nous avons un plat appelé spaghetti au soumbala. Nous avons aussi la glace au moringa comme dessert. Nous faisons attention à la santé de nos clients et nous n’utilisons pas de bouillon dans notre cuisine.

Propos recueillis par Jules César KABORE

Lesaffairesbf

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