Armande Ouattara : «Au Burkina, il faut créer des philanthropes »

A l’occasion de la semaine mondiale de l’entrepreneuriat du 14 au 20 novembre 2016, l’association Diaspora for development a organisé à Ouagadougou un événement dédié à l’entrepreneuriat sous le thème « Alliances pour entreprendre (APEN)». C’est une association animée par des professionnels de la diaspora africaine voulant contribuer au développement du continent par la création de valeur économique. Nous avons rencontré Armande Ouattara, présidente de l’association. Elle donne plus de détails. 

Burkina24 (B24) : Présentez vous a nos lecteurs ?

Armande Ouattara (AO) : Je suis Amande Ouattara consultante, consultante en management de projet. Domiciliée en France à Paris, présidente de l’association Diaspora for development.  J’étais en mission au Burkina sur la période au 14 au 20 novembre passé à l’occasion de la semaine mondiale de l’entrepreneuriat.

B24: Que signifie « Alliances pour entreprendre (APEN)» ?

AO : Dans le cadre de cette mission dont le but est de mieux comprendre l’écosystème de l’entrepreneuriat burkinabè, on a organisé un rendez-vous multi-acteurs dénommé « APEN Ouaga » qui signifie Alliances pour entreprendre. Le but de ce rendez-vous à Ouaga était en quelque sorte de reconstituer l’écosystème de l’entrepreneuriat à l’occasion d’un événement.

Ainsi, avoir autour de la table des personnes qui ont en charge le financement,  l’appui, l’accompagnement et l’acquisition des talents. En plus, avoir une multitude d’acteurs, tous mus par le même objectif, c’est-à-dire créer des entreprises ou accompagner la création d’entreprises.

Cet événement a eu lieu le samedi 19 novembre 2016 de 17H à 22h à Ouagadougou. On attendait des porteurs de projets, des entrepreneurs confirmés, des institutions publiques et privées. On a eu du beau monde pour discuter entrepreneuriat autour des différentes thématiques qu’on s’était fixé.

B24 : Quel était le nombre de participants ?

AO : On attendait une cinquantaine de participants mais nous avons eu une quarantaine incluant les modérateurs.

participants

B24 : Parlez-nous du déroulement de cette activité 

AO : La rencontre  comportait deux temps forts. Une première partie de 17 h à 20h qui était dédiée aux ateliers thématiques. Ainsi, le concept APEN, c’est identifier les défis lors de la rencontre des entrepreneurs dans la ville hôte.

Les défis identifiés pour Ouaga, c’était l’acquisition des talents, le financement, la création d’entreprises dans le sens du processus de passage de l’idée au projet, l’usage des TIC et la définition d’une stratégie commerciale.

On avait cinq thèmes à l’occasion desquels des participants devaient discuter avec un modérateur qui est un professionnel dans le domaine et d’identifier des solutions aux défis. A la suite,  nous avons fait des restitutions.

Le thème sur le financement était animé par Lisa Barutel  de (La Fabrique). Pour celui de la création d’entreprises, c’était moi-même. L’utilisation des TIC a été animée par Abdoul Kader Kaboré (nominé au Airtel Startup Award ) et Faysal Traoré (président du conseil d’administration pour la plateforme nationale des jeunes pour les objectifs du développement durable).

Le thème de l’acquisition des talents avec Ezéchiel Ouédraogo du  cabinet Success valuable Partner  et enfin la stratégie commerciale avec Mariam Amani (Strategy’co).

B24 : Quel était l’objectif de cette rencontre ?

AO :La rencontre en elle-même s’intègre dans un groupe global. L’association est une organisation de la diaspora. Le but est d’appuyer les porteurs de projets dans la diaspora qui veulent entreprendre en Afrique. Aujourd’hui, nous avons accompagné une porteuse de projet qui veut aller au Niger, ainsi qu’un autre qui veut entreprendre à Ouaga. Et la demande continue de grandir.

Pour accompagner ces porteurs de projets, nous ne pouvons pas juste nous limiter à dire « on est tous en France et on vous dit ce qu’il faut faire au Burkina, ce n’est pas possible« . Nous avons décidé de mettre en place des cycles de missions exploratoires, lors desquels on se rend dans un pays,  on interagit avec les acteurs de l’écosystème de l’entrepreneuriat et on organise un APEN.

A Ouagadougou, du 14 au 20 novembre passé, nous avons rencontré la Chambre de commerce, la maison de l’entreprise, des fonds d’investissement, des organisations de la société civile.

Nous avons aussi rencontré le monde politique en la personne de Adama Kanazoé, conseiller spécial du président du Faso en charge du secteur privée et les objectifs du développement durable. Enfin, nous avons rencontré « La Fabrique » avec Lisa Barutel et des entrepreneurs confirmés.

B24 : A quoi consistaient  ces différentes rencontres ?

AO : Nous leur avons posé des questions sur l’écosystème de l’entrepreneuriat au Burkina. Quelles en sont les forces et les faiblesses, où sont les opportunités et où est-ce que nous ont pouvons  nous intégrer ?

L’événement intervient dans un cadre beaucoup plus global. Au sortir de ces rencontres, on a appris  beaucoup plus sur l’écosystème burkinabè. Nous avons rencontré des gens qui sont intéressés. Nous avons pris leurs contacts et nous allons peut-être idéalement créer une passerelle entre les porteurs de projets au Burkina et la diaspora en France. C’est cela le mot clé: la passerelle entre la France et le Burkina.

B24 : Dans combien de pays interagissez-vous ?

AO : On est panafricain. Sur 2016-2019, nos planifications nous amènent en Afrique de l’Ouest.

Cette année, nous étions au Burkina. Nous irons au Sénégal, au Bénin, au Togo, en Côte d’Ivoire et au Mali. En fonction des facilités, nous irons dans d’autres pays.

B24 : Quelle est la particularité de l’entrepreneuriat burkinabè par rapport aux autres pays ?

AO : C’est la première édition. Je ne saurai m’avancer sur la particularité des autres pays par rapport au Burkina. Mais j’ai évolué un peu au Sénégal. Dans ce pays, l’écosystème est un tout peu mature.

Il y a beaucoup plus d’incubateurs et la volonté étatique qui est plus visible en termes de propulsion de la diaspora au développement, d’appui à l’entrepreneuriat sur place. Tout dernièrement, le ministre du commerce sénégalais a mis à disposition un fonds  pour permettre à la diaspora de venir entreprendre, de soumettre des projets  et être financés. La volonté est un peu plus présente et marquée qu’au Burkina.

B24 : Pensez-vous qu’à l’heure actuelle, le Burkina est un pays promoteur pour les entreprises ?

AO : Je pense qu’il y a beaucoup d’opportunités. Il fait bon de travailler et de faire des affaires.

Lors de mes rencontres, ce qui manque  au Burkina, c’est l’accompagnement. « On donne de l’argent aux jeunes sans accompagnement, ni d’appui, ni de suivi ». Il faudra favoriser des initiatives du secteur privé  pour pouvoir appuyer les porteurs de projets tout au long de la vie.

A l’APEN, nos participants ont lancé un cri de cœur à la Maison de l’entreprise. Celui de faire un suivi pas à pas de la vie de l’entrepreneur.

B24 : Quel était le domaine ciblé par les porteurs de projets ?

AO : On peut retenir l’agro-business, le secteur des services et celui des  TIC.

B24 : Que pensez-vous des jeunes qui estiment que le système éducatif burkinabè produit des chômeurs ?

AO : Je ne saurai me prononcer sur cette assertion. Ils ont une stratégie dont on n’a pas tout les tenants et les aboutissants. On est tous convaincus qu’il faut intégrer l’entrepreneuriat comme un débouché certain au sortir de l’école. A Diaspora for development, nous faisons œuvre d’inspiration dans les écoles.

B24 : Quelle comparaison faites-vous entre l’écosystème entrepreneurial en France et le Burkina ?

AO : En France, de nombreux organismes proposent l’accompagnement du porteur du projet et l’entrepreneur au long du processus. Au Burkina, la Maison de l’entreprise fait un travail extraordinaire auprès des porteurs de projets. Malheureusement, elle ne les accompagne pas tout au long de la vie. C’est une différence majeure.

Il faut qu’on trouve la formule au Burkina pour créer des philanthropes. Par exemple, trouver des entreprises, qui ont réussi, qui pourront donner une partie de leur richesse pour soutenir les entreprises qui débutent.

B24 : Que retenez-vous de votre passage au Burkina en ce qui concerne le milieu entrepreneurial ?

AO : Tout le monde sait que l’entrepreneuriat est une des clés de développement aujourd’hui. Il faut entreprendre parce qu’on a un potentiel de croissance, de la jeunesse et de la force. Au Burkina le levier sera la jeunesse. on est conscient que 70% de la population est jeune.

Si on veut développer l’entrepreneuriat, on passera par la jeunesse.

 Propos recueilli par Jules César KABORE

Lesaffairesbf

 

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