Lassané Sawadogo, expert : «L’immobilier est en plein essor au Burkina »

La Chambre Nationale des Experts Evaluateurs Immobiliers du Burkina Faso (CNEIM-BF) organise les 2 et 3 décembre 2016 un atelier à Ouagadougou, qui réunira des experts nationaux et internationaux. Créée en 2013, elle poursuit l’objectif de regrouper des experts évaluateurs immobiliers offrant toute garantie de capacité, de compétence et d’honorabilité, et de veiller à la bonne conduite de ses membres, entre autres. Elle entend ainsi œuvrer  de sorte que la chambre puisse constituer un creuset d’experts de référence. Sawadogo Lassané Esaie, président de la Chambre et Soulama Jean Luc, secrétaire général,  ont livré d’amples informations sur l’association, le métier d’expert immobilier, et l’atelier à venir.

Burkina 24 (B24) : Quelles sont les missions dévolues à la chambre ?

Sawadogo Lassané Esaie(SLE) : La Chambre est chargée d’évaluer les biens immobiliers urbains et ruraux, les fonds de commerce artisanaux et d’industrie. Cela consiste à déterminer la valeur intrinsèques des divers bâtiments finis ou non finis, des constructions industrielles, des ouvrages et des éléments d’équipement figurant dans la construction des aménagements connexes comme les piscines, les appâtâmes, les clôtures.

Nous sommes donc appelés à déterminer différents types de valeurs demandées par les mandants. Ce sont soit des valeurs vénales, soit ce qu’on appelle la juste valeur, la valeur locative, la valeur des droits au bail, la valeur d’assurance…

La Chambre existe aussi pour défendre les intérêts des experts immobiliers. Il est un cadre qui permet aux experts immobiliers d’exercer librement leur métier, d’avoir un cadre de rencontre et d’échange d’expériences et surtout de défendre nos intérêts au mieux, et rendre un plus grand service à notre population que nous servons.

B24 : Que fait un expert immobilier ?

SLE : Un expert immobilier est un spécialiste qui est chargé de déterminer les différentes valeurs que je viens de définir. C’est un spécialiste en matière de marchés de biens immobiliers, en matière fiscale, en matière économique et financière, et également un technicien de bâtiment.

Avec ses connaissances il doit être capable de déterminer la valeur de marché d’un bien en fonction de tous ces éléments que nous venons de décrire en ce qui concerne sa qualification.

B24 : Le concept est-il nouveau ou il date de longtemps ?

SLE : L’expertise immobilière est très ancienne, surtout dans les pays européens où elle a pris naissance. C’est chez nous que le concept est un peu récent. C’est pendant ces dix dernières années que ce métier a pris une ampleur au Burkina.

B24 : Vous organisez bientôt une activité. En quoi va-t-elle consister ?

SLE : La Chambre des experts immobiliers après trois années d’existence a rencontré des difficultés et tente donc de s’ajuster en fonction de ces contraintes. C’est pour cette raison que nous organisons un atelier pour réfléchir sur le cadre institutionnel et l’harmonisation de la pratique de l’expertise immobilière dans l’espace UEMOA en prenant le cas du Burkina.

Nous organisons cet atelier en collaboration avec la FADEXI-UEMOA qui est une organisation sous régionale qui regroupe pratiquement tous les pays de l’UEMOA pour que nous ayons une pratique harmonieuse, de sorte à faciliter l’installation dans la zone de chaque expert.

Sawadogo Lassané Esaie, président de la Chambre (à gauche) et Soulama Jean Luc, secrétaire général

Sawadogo Lassané Esaie, président de la Chambre (à gauche) et Soulama Jean Luc, secrétaire général

Pour cela, nous avons mis trois commissions en place. Une commission texte et cadre institutionnel qui aura à revisiter nos statuts, notre règlement intérieur. Et pour le cadre institutionnel, il s’agit de réfléchir sur les relations qu’il doit y avoir entre les ministères concernés par notre métier et la chambre. Ce sont notamment le ministère de l’habitat et de l’urbanisme et le ministère de l’économie et des finances, et celui de la justice.

La deuxième commission est la commission référentiel des prix au mètre carré des bâtis à neuf. Précisément, il s’agit de déterminer le prix du mètre carré d’un bâtiment qu’on vient de construire. Cela nous permettra d’avoir un référentiel de prix qui est interne à la chambre et que les membres pourraient consulter pour une harmonisation des prix.

Enfin nous avons la commission rapport-type d’expertise et barème d’honoraire qui devra proposer un rapport-type pour l’expertise et aussi réfléchir sur les honoraires pour que nous n’allions pas sur le marché avec des prix différents qui vont du simple au double pour le même travail.

L’atelier aura lieu du 2 au 3 décembre 2016 et sera présidé par monsieur le ministre de l’habitat et de l’urbanisme, Maurice Bonanet. La cérémonie d’ouverture aura lieu le 2 décembre à 9h à la salle de conférence du Conseil régional du centre.

B24 : Quelles sont vos attentes à l’issue de l’atelier ?

SLE : Au sortir ce que nous souhaitons, c’est avoir des textes clairs pour tous les experts immobiliers d’aujourd’hui et ceux à venir, définir clairement les conditions d’accès au métier. Egalement, nous voulons définir un règlement intérieur avec une déontologie claire qui permette que chacun sache ce qu’il faut faire et ce qu’il ne faut pas faire. Il sera question aussi de mettre en place un conseil de discipline et éventuellement une chambre disciplinaire qui pourra recevoir les recours contre les décisions du conseil, pour que chacun réponde de ses actes d’indiscipline devant ces deux structures.

Un autre objectif que nous poursuivons c’est de fournir de meilleures prestations à nos clients, surtout les banques qui nous font confiance pour nous donner leurs sûretés réelles à évaluer.

Faciliter la mobilité des experts dans la zone UEMOA est également un objectif. Nous souhaitons que tous les experts inscrits au tableau de la chambre des experts immobiliers du Burkina aient un plein accès à toutes les institutions présentes au Burkina, afin d’éviter ce qu’on appelle les short-listes qui privilégient certains au détriment des autres.

Enfin, notre objectif est de permettre aux jeunes qui arrivent dans le métier d’être consultés au même titre que les anciens.

B24 : Qui participera à cet atelier ?

SLE : Il s’agira dans un premier temps des experts immobiliers nationaux et internationaux. Et nous allons inviter à cet atelier tous nos partenaires : les banquiers et les ministères concernés et les différents ordres avec lesquels nous pouvons travailler.

L'avenue Kwamé Nkrumah à Ouagadougou - Image d'illustration

L’avenue Kwamé Nkrumah à Ouagadougou – Image d’illustration

Nous attendons aussi le président de la FADEXI qui est de la Côte-d’Ivoire et une forte délégation du Sénégal et des Maliens qui sont annoncés, et aussi des Béninois qui n’ont pas encore confirmé.

B24 : Quelle est la différence entre un architecte et un expert immobilier ?

SLE : L’expert immobilier doit avoir une formation transversale. En effet, il doit à la fois être un technicien de bâtiment ou en avoir les notions. Il doit être aussi un économiste, surtout maîtriser l’économie urbaine pour analyser la situation qui peut être un boom économique ou une contraction économique.

Il doit être un financier pour pouvoir déterminer le taux de rentabilité des taux immobiliers en rapport avec le taux financier du marché. Il doit aussi être un juriste, un fiscaliste.

Un architecte pur n’est pas un expert immobilier. Il est plutôt un artiste de l’immobilier parce que c’est à lui de concevoir l’objet d’art et arriver à assurer sa fonctionnalité. Chacun joue donc sa partition.

B24 : Est-ce que l’expert immobilier est accessible à tous les citoyens ? Ses tarifs ne sont-ils pas trop élevés ?

SLE : C’est pourquoi nous voulons soumettre la question au public en créant une commission à cet effet. Nous pensons que nos commissions sont raisonnables, mais on ne peut pas être juge et partie. Nous allons soumettre à la commission qui va se charger d’y réfléchir et à la plénière on va soumettre à tout le monde pour que les tarifs soient accessibles à tous.

Ceux qui vont vers l’expert immobilier au Burkina sont des opérateurs économiques, et le rapport d’expertise a une durée de vie de 10 ans pour le banquier par exemple. Ce qui veut dire qu’il peut faire plusieurs opérations avec ce rapport d’expertise qui a été rédigé, durant 10 ans.

B24 : Que pensez-vous de l’environnement immobilier aujourd’hui ?

SLE : Nous pouvons dire avec satisfaction que depuis les deux dernières décennies, nous avons observé un dynamisme au niveau de l’économie au Burkina aussi bien au niveau de l’immobilier résidentiel comme au niveau de l’immobilier professionnel. Nous voyons aussi l’Etat qui s’est investi beaucoup dans l’immobilier en mettant à la disposition de la population des milliers et des milliers de terrains et de parcelles viabilisés. Nous voyons vraiment que l’Etat s’est investi.

L’Etat a cherché même à développer le secteur immobilier en codifiant et en légiférant sur les promoteurs immobiliers, et aujourd’hui nous en avons beaucoup. Nous pouvons dire que l’immobilier est en plein essor au Burkina.

Seulement avec les troubles que nous avons connus ces deux dernières années, on constate un ralentissement lié à des craintes. Ce qui est normal. Mais nous croyons que sous peu, avec ce que le gouvernement fait pour rassurer le monde économique, nous allons revoir encore l’immobilier repartir de plus belle.

Ali NANA

Lesaffairesbf

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