Maîtrise de cérémonie : Zoom sur la « passion » de Mahamadi Ouédraogo

La présentation des cérémonies est son métier : ateliers, colloques, panels ou tout type de cérémonie. Mahamadi Ouédraogo est journaliste-reporter d’images de profession. Aujourd’hui, c’est surtout cette casquette de maître de cérémonie, couramment appelé MC, qu’il porte. Et la présence de personnalités parfois aux cérémonies, n’est pour lui qu’un motif de plus pour mieux faire. Il se dévoile davantage dans cette interview.

Burkina 24 (B24) : Quelles sont les principales activités que vous exercez aujourd’hui ?

Mahamadi Ouédraogo (MO) : Aujourd’hui, je fais dans la caméra, dans le montage vidéo. Je suis aussi journaliste réalisateur. Et une activité par laquelle je m’affiche aujourd’hui de façon officielle, c’est la maîtrise de cérémonie. J’essaie en tout cas de mettre ces cordes en activité, histoire d’être plus utile.

B24 : Et comment le journaliste est-il devenu maître de cérémonie ?

MO : Journaliste déjà par la formation. Quant à la maîtrise de cérémonie, elle résulte de la passion du micro. J’ai commencé par la radio, et une fois on m’a demandé d’être MC, ce que je n’avais jamais fait.

J’ai essayé, et pour un coup d’essai, c’était un coup de maître. Les félicitations venaient de partout, et on a continué dans le cadre associatif, notamment à l’AEEMB (Association des élèves et étudiants musulmans au Burkina Faso), au CERFI (Centre d’études, de recherche et de formation islamique) et quelques autres.

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Et petit à petit, en plus de la passion, j’ai pris goût à l’activité. Depuis, lors les cérémonies s’enchaînent et je vis chaque cérémonie avec sa particularité. Et jusqu’à présent, je peux dire que c’est une activité qui me réussit bien, surtout à travers les commentaires qui me parviennent et que je reçois sur Facebook, avec mes publications.

B24 : Et qu’est-ce qui vous passionne dans ce métier ?

MO : C’est le regard des autres. Parce que pour moi, le respect des valeurs humaines est la chose la plus importante. Et quand je présente une cérémonie, c’est aller à la rencontre des personnes, rencontrer de nouveaux visages, découvrir de nouveaux regards. C’est en fait constituer mon réseautage humain.

Dans ce métier, on est appelé à donner toute la beauté à une cérémonie qui a été concoctée pendant un certain temps, et donc on a la responsabilité de faire comprendre aux gens qu’il y a eu un travail de fond qui a été fait à l’interne. Ce qui me passionne en réalité, c’est mon sens de la responsabilité et mon envie d’aller à la rencontre d’autres personnes. Les cérémonies ont toujours été pour moi des moments de vie, de chaleur humaine, et c’est beaucoup plus cela qui me motive.

Quelque chose qui me motive à être toujours devant le public et à prendre le micro, c’est mon combat contre le désespoir. Ma vraie motivation, c’est la promotion de l’espérance parce que pour moi,, le crime le plus odieux au monde, c’est de faire désespérer quelqu’un. C’est pourquoi je dis que je place toujours le respect des valeurs humaines au cœur de mes entreprises.

B24 : A-t-on besoin de soutien pour se lancer dans ce métier, surtout pour ce qui est de votre cas particulier ?

MO : Le premier soutien est d’abord psychologique ou moral. Quand vous faites quelque chose de bien, qu’on puisse vous encourager. Quand on finit une cérémonie et que quelqu’un dise « mon frère j’ai aimé ton sens de l’humour, ta manière de manier les mots, de raconter des choses ». Ces paroles vous rassurent.

Le deuxième soutien c’est qu’on puisse croire en vous. Parce qu’aujourd’hui, ce n’est pas évident de voir des gens qui croient en vous, qui acceptent prendre des risques avec vous. Je dois dire que depuis qu’on fait appel à moi, je n’ai pas encore déçu  et j’espère que je ne vais jamais décevoir.

B24 : Quelles sont les qualités pour maîtriser efficacement une cérémonie ?

MO : Pour maîtriser une cérémonie, le présentateur doit d’abord avoir le sens de la responsabilité. Savoir que quand on vous confie la présentation d’une cérémonie, c’est une grande marque de respect. Il faut donc accepter cette responsabilité avec humilité, et savoir qu’on vous appelle pour valoriser une activité.

Par ailleurs, moi dans ma façon de faire, je mets beaucoup d’humour. Je raconte souvent des histoires drôles. La façon de dire certaines choses, on le fait avec humour et cela porte beaucoup.

B24 : A la plupart de vos cérémonies assistent des autorités du pays. Cela n’est-il pas parfois cause de stress, et comment le gérez-vous ?

MO : En présence des autorités, c’est surtout notre sens de la responsabilité qui grandit, car tu te rends compte que c’est toi qui seras chargé de tous les introduire. Et tu es parfois appelé même à coordonner certains de leurs gestes. Pour moi, cela rend l’exercice davantage passionnant.

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B24 : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans le milieu ?

OM : A vrai dire je n’ai pas de réelles difficultés liées à ma personne. La seule difficulté que je rencontre, c’est peut-être que pendant que certains t’encouragent à aller de l’avant, d’autres estiment que tu fais le malin. C’est toujours toi qui est habillé en veste, tu es ci ou ça. Bref, je sais qu’on ne peut pas plaire à tout le monde.

A part cela, je n’ai pas de difficulté particulière. J’aime ce que je fais, j’y crois, et j’ai la chance d’être apprécié. Beaucoup de gens m’encouragent.

B24 : Le métier nourrit-il son homme ?

MO : Je pense qu’avec de l’organisation, le métier arrive à nourrir son homme. Il y a de ces cérémonies dont les cachets sont importants. Mais il y en a aussi qui ne sont pas payants. C’est le cas lorsqu’on rend service à des amis.

Dans ce métier, il faut acheter des habits pour toujours rester stylé. Mais bon an mal an, je peux dire que j’arrive à tirer mon épingle du jeu. Pour toute activité, si on le fait bien, et quand on y met de la passion, une chose est sure, ça va payer !

B24 : « Quand on vous dit merci, c’est pour ce que vous avez fait, mais aussi pour ce que vous ferez ». C’est l’une de vos phrases favorites, surtout en fin de cérémonie. Que faut-il comprendre par cette citation ?

OM : C’est que tout ce que l’être humain fait a besoin d’être reconnu. Il a besoin de voir ses efforts salués. Et quand tu le fais, cela le galvanise. Cela renforce le sentiment qu’il est important. Du fait de la reconnaissance d’aujourd’hui, il est plus à l’aise pour t’accompagner demain.

Le merci est une valeur africaine et humaine. C’est un jeu de mots qui appelle aussi à un sens de la responsabilité. A l’école par exemple, quand un élève obtient un 7/10 et que son père le félicite, il fera l’effort pour revenir avec un 10/10 prochainement. C’est donc un merci de motivation.

B24 : Avez-vous une anecdote à nous raconter ?

MO : Ce sera alors l’anecdote de ce mariage qui m’a beaucoup impressionné. Les organisateurs avaient prévu de prendre un maître de cérémonie avec un bon cachet. La mariée m’a donc vu, pour assurer l’activité. Avec les discussions, il m’ont fait comprendre qu’ils n’avaient pas d’argent pour régler.

C’était pratiquement une aide qu’ils sollicitaient. Et au même moment, quelqu’un vient me dire qu’un autre maître de cérémonie avait été invité avec un cachet important. Il ne comprenait donc pas pourquoi on ne me reversait pas au moins la moitié.

Du coup, mon orgueil a été gonflé à bloc, et je me suis dit que même avec ce petit cachet qu’il me donne, j’allais leur prouver que je pouvais faire des merveilles. En fin de compte, jusqu’aujourd’hui, je peux dire que c’est l’une des plus belles cérémonies de mariage que j’ai présentée.

Le patron du marié est allé lui dire que s’il devait se marier demain, c’est à cause de ce maître de cérémonie parce qu’il aimerait que son mariage soit présenté ainsi.

Entretien réalisé par Issouf NASSA

Lesaffairesbf

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