Quelle est la capitale économique du Burkina ?

On dit de Bobo-Dioulasso qu’elle est la capitale économique du Burkina. Une affirmation qui ne rime pas avec le « délaissement », mot qui revient régulièrement sur les lèvres des habitants de la ville à chaque fois qu’ils sont amenés à se prononcer. A ce moment précis où la bataille pour l’occupation du poste de présidence à la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina Faso (CCI-BF) fait rage actuellement dans la capitale politique Ouagadougou à environ 400 km de Sya, l’on est tenté de poser la question « c’est où la capitale économique du Burkina au juste ? » Bobo ou Ouaga ?

Il est enseigné aux élèves que Ouagadougou est la capitale politique du pays et Bobo-Dioulasso, sa capitale économique. Mais, ce n’est pas dans la ville de Sya que se dispute la Présidence de la chambre de commerce et d’industrie.

Les chiffres disponibles sur la répartition spatiale des entreprises sur toute l’étendue du territoire viennent mettre en doute l’apport de la région à l’essor économique. Ils témoignent par la même occasion du « délaissement » décrié depuis des lustres par les habitants de la ville.

Ce que disent les chiffres

Dans un rapport publié en  2013 par l’Institut national des statistiques et du développement (INSD), il ressort que sur 10 223 entreprises « formelles » répertoriées, 7 946 (77,7%) se situe au Centre contre seulement 994 (9,7%) pour les Hauts Bassins, région où est géographiquement localisée la capitale économique du pays.

« C’est vrai. Il y a un déséquilibre », admettait Martin Sawadogo, président de l’Association des professionnels de l’industrie, du commerce et des services pour l’assainissement de l’économie burkinabè au cours d’une conférence de presse. La sortie du collectif était consécutive à la déclaration d’une coalition d’acteurs économiques qui dénonçait l’anarchie dont le collectif serait à l’origine.

Qu’à cela ne tienne. Au nom de cette concentration d’entreprises et de commerçants dans le Centre du pays, le collectif composé, entre autres, du candidat à la présidentielle de 2015 Boukary Ouédraogo dit Tintin, président de l’Association des promoteurs immobiliers, Safiatou Lopez/Zongo de Syndicat national des entrepreneurs du BTP, Alassane Kouanda de la Confédération générale des PME, dont il est lui-même le rapporteur, compte bien tirer profit de ces données.

« 80% des entreprises et des commerçants sont à Ouaga. Dans la répartition, ils (membres de la commission chargée d’organiser les élections consulaires ndlr) ont décidé de donner 30% des sièges à Ouaga et 70% des sièges dans les régions », dénonçait-il avec véhémence avant de réclamer : « Donnez 80% des sièges à Ouaga. Donnez à César ce qui appartient à César ».

« La gestion de la chambre de commerce n’est pas transparente »

Décriée pour sa gestion, Alizèta Gando, ancienne présidente de la CCI-BF, par ailleurs belle-mère de François Compaoré, frère cadet de l’ancien Président Blaise Compaoré,  a été emportée elle aussi par l’insurrection populaire d’octobre 2014. La dissolution de la CCI-BF a été faite à son absence.

Le collectif dont Martin Sawadogo est le rapporteur réclame un audit de la CCI-BF par la délégation spéciale mise en place pour gérer la Chambre le temps de la Transition politique et conduite par Franck Tapsoba. Audit qui s’il n’est pas effectué avant les élections consulaires en novembre prochain selon eux, fait de tous les 22 membres du bureau exécutif sortant des « responsables  de ce qui est arrivé au même titre que Alizèta Gando ».

Séparer l’aspect économique des cercles de politiciens

Avec ses 994 entreprises « formelles », très loin derrière la capitale politique Ouagadougou, Bobo-Dioulasso ne rime pas vraiment avec région à fort apport économique.

Extrapolant la situation du pays et la comparant à celle des autres pays africains, il ajoute : « le plus souvent, l’activité économique est également liée à l’activité politique. Raison pour laquelle, toute l’activité économique est concentrée au niveau de la capitale politique ». Conclusion,  affirme Martin Sawadogo, « la gestion de la chambre de commerce n’est pas transparente ».

Martin Sawadogo annonce que des propositions sont en train d’être faites. Propositions, qui dit-il ne peuvent être faites que par la jeunesse. « Les dinosaures qui sont là depuis des décennies veulent rester à côté du pouvoir pour pouvoir toujours manœuvrer », affirme-t-il.

C’est la raison pour laquelle, ajoute-il qu’ils ont appelé à un renouvellement au niveau de la chambre de commerce « pour qu’il y ait une nouvelle génération qui va s’occuper de l’aspect économique et laisser les politiciens faire leur travail ».

Cela garantirait-il cependant une réelle réaffectation de son rôle à Bobo-Dioulasso ? Roch Marc Christian Kaboré et Salif Diallo ont promis, lors de la campagne électorale, de faire basculer ce déséquilibre. On attend les maçons au pied du mur.

Oui KOETA

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Un commentaire

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  • Sankara ousseni
    10 décembre 2016 at 12 h 05 min - Reply

    cela prouve a qelle point le processus de la decentralisation est un echec au BF car pour une commune urbaine a statut particulier elle ne devrait pas toujours attendre l’Etat!!

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