Ramata Edwige Ilboudo : « La mort de madame Pamtaba m’a choquée »

Ramata Edwige Ilboudo/Diallo est sage-femme de formation. Quand elle a appris que le ratio sages-femmes/population au Burkina était de 1 pour 32 000 habitants en campagne, 1 pour 28 000 en zone urbaine et que sur 100 000 naissances, 1 100 bébés perdent la vie, elle a pris la résolution de former des sages-femmes pour remédier au manque de personnel et limiter les pertes. L’idée de création de l’Ecole privée de santé Sainte Edwige (EPSSE) est née de ce déclic. La  récente mort de Dame Pamtaba l’a « choquée » encore davantage. Pour toutes ces raisons, elle dit s’évertuer tous les jours à former des personnels de santé « consciencieux » parce que « rien ne vaut la vie » et qu’il suffit d’une « petite » erreur pour envoyer un patient six pieds sous terre ou le marquer avec un handicap à vie.

Burkina24 (B24): Pourquoi avoir choisi de créer Sainte Edwige, une école de formation d’agents de santé et non d’enseignants ou autres ?

Ramata Edwige Ilboudo/Diallo (R.E.I.D.): C’est un peu de l’histoire. Quand j’ai fini ma formation de conseiller de santé, j’ai été nommée directrice du plaidoyer et de l’habilitation pour la promotion de la femme.

A ce titre, j’avais en charge la promotion de la santé des femmes du Burkina. Le premier choc que j’ai eu, c’était à l’UNICEF. On était en réunion. En parlant du taux de mortalité infantile, j’ai appris que le taux était de 1 100 décès pour 100 000 naissances.

Si les femmes meurent autant, qu’est-ce que moi je peux apporter pour vraiment contribuer à réduire ce fort taux de mortalité. Dans ma tête, c’était des questionnements.

Un jour, je revenais de Nairobi et dans l’avion, j’avais des documents de l’OMS et c’est clairement, qu’on a beau former des médecins, des infirmiers, si on ne forme pas les sages-femmes, les femmes vont continuer à mourir en couche. J’ai dit tiens ! Là, j’ai le bagage nécessaire pour former ces sages-femmes.

J’avais pris la résolution de former des sages-femmes. L’OMS dit, une sage-femme pour 1 000 habitants. Quand j’ai demandé, on était à une sage-femme pour 32 000 dans les provinces et 28 000 dans les zones urbaines.

Je me suis dit qu’on a eu une bonne raison de créer une école de sages-femmes. Au départ, je ne voulais former que des sages-femmes pour répondre à la frustration que j’ai eue par rapport au taux de mortalité maternelle. On s’est lancé. Dieu aidant, les autorités voulant, on a pu ouvrir l’école en 2005 avec 14 élèves.

B24: De tous les domaines de formation, lesquels attirent plus d’inscrits et quelles explications en donnez-vous ?

R.E.I.D.: Le plus gros effectif se trouve au niveau de ceux qui ont le BEPC et le CEP, des Agents itinérants de santé (AIS). Cette année, on a eu plus de 300. Tout le monde n’a pas le BAC. Tout le monde n’arrive pas en classe de terminale.

B24: L’école rencontre-t-elle des difficultés  ?

R.E.I.D.: Comme je suis une professionnelle. C’est mon domaine d’activité. Je suis à l’aise comme un poisson dans l’eau. Les difficultés, c’est peut-être à un autre niveau. Mais pour organiser les activités pédagogiques, nous n’avons pas de problèmes.

B24: Conscience – compétence – Succès, c’est la devise de l’école. Pensez-vous que les inscrits viennent à l’école pour acquérir de la compétence ou c’est juste pour pouvoir obtenir de la rémunération une fois la formation achevée ?

R.E.I.D.: Nous faisons en sorte qu’ils prennent conscience, que leur domaine d’activités, n’est pas comme tous les domaines. Nous leur disons que la matière première sur laquelle nous travaillons, c’est l’être humain. Et l’être humain, comme on le dit, rien ne vaut la vie. Il suffit d’une petite erreur de notre part et nous envoyons cette personne six pieds sous terre ou un handicap à vie.

Que ce soit le premier ou le deuxième, ce n’est pas bon. Nous faisons en sorte que les élèves que nous formons soient conscients de leur rôle. C’est un sacerdoce. C’est un engagement personnel de ma personne. En plus de la formation, il y a un petit plus. Cela fait qu’ils sortent consciencieux. Et ils font la différence. Vous prenez les quatre coins du Burkina, ils y sont et ils montrent qu’ils ont appris quelque chose à l’école.

B24: La mort de Dame Pamtaba a déclenché des critiques virulentes à l’endroit du personnel médical, notamment les sages-femmes. Que pensez-vous de cette situation ? Avez-vous l’impression que les agents de santé sont de moins en moins consciencieux ?

La sage-femme, directrice général et fondatrice de l'EPSSE expliquant le processus d'un accouchement dans le laboratoire de l'école.

La sage-femme, directrice générale et fondatrice de l’EPSSE expliquant le processus d’un accouchement dans le laboratoire de l’école.

R.E.I.D.: La mort de madame Pamtaba m’a choquée. J’ai eu mal. Je présente mes condoléances à sa famille. Ce n’est pas dans la santé seulement. Dans tous les domaines d’activités, il y a des brebis galeuses. Mais ce n’est pas parce qu’une personne a fait une bêtise que tout le monde est mauvais. Si c’était le cas, toute la population allait mourir, parce que tout le monde va vers les agents de santé.

B24: A combien s’élève le taux de réussite aux examens des pensionnaires de l’école ?

R.E.I.D.: Pour la session de 2015, la fonction publique voulait 200 agents itinérants de santé. Les 120 viennent de Sainte Edwige. Quand il y a le test d’intégration, le maximum des élèves de Sainte Edwige réussissent.

B24: Avez-vous une idée de comment se passe l’intégration de vos recrues dès leur entrée en contact avec celles formées par l’Etat ?

R.E.I.D.: Je pense qu’une fois que tu as ton diplôme, et que tu es affecté, la population ne se préoccupe pas de l’école où tu as été formé. La population a de besoin d’un infirmier. Mais sur le terrain, on nous teste.

Je suis une professionnelle. C’est mon domaine. Cela fait plus de 20 ans que je forme. Sur le terrain, j’ai des anciens élèves que j’ai formés qui se trouvent à l’ENSP (Ecole nationale de santé publique). C’est mon métier. On ne peut faire quelque chose de bien que ce qu’on sait faire. Ce qu’on a appris.

Comme je connais, je ne peux pas faire semblant. Je le fais bien pour plusieurs raisons. La première raison, c’est moi-même. Je peux tomber malade n’importe où dans le Burkina ou un membre de ma famille peut tomber malade.

S’il tombe sur quelqu’un que j’ai mal formé, les résultats ne seront pas bons. Je travaille d’abord pour moi-même. Je travaille aussi pour la population du Burkina Faso parce que si les Burkinabè sont en bonne santé, immanquablement, le Burkina peut aller de l’avant.

B24: L’Ecole privée de santé Sainte Edwige (EPSSE) a célébré ses 10 ans d’existence en présence du Président  du Faso Michel Kafando. Qu’est-ce que cela a représenté pour vous que les autorités viennent à vos côtés pour célébrer vos 10 ans ?

R.E.I.D.: Beaucoup de joie et de fierté. Quand tu travailles et qu’au plus haut niveau de l’Etat, on reconnait ce travail-là, on ne peut que rendre grâce, être content et être fier. C’est un honneur que le Président m’a fait. Je lui serai reconnaissante toute ma vie, parce qu’il m’a honorée, élevée.

B24: A quoi faut-il s’attendre en termes de perspectives pour les 10 prochaines années ?

R.E.I.D.: Entreprendre au Burkina, ce n’est pas facile. Si nous avons la formation de base, nous devons penser à la formation à un niveau supérieur. Depuis janvier 2014, nous avons introduit un dossier pour ouvrir le niveau supérieur, qui traine.

On a aussi cette capacité de former le niveau supérieur. Cela fait déjà deux ans. Mais, nous espérons que pour la rentrée prochaine, nous aurons  une réponse positive à notre requête.  Si ce n’est pas effectif cette année, on va poursuivre jusqu’à l’avoir.

Propos recueillis par Oui KOETA         

Burkina24    

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