La Nuit des Sotigui ou le Festival de Cannes du Burkina

« La Nuit des Sotigui » est  une cérémonie de récompense de meilleurs  acteurs comédiens du cinéma africain et de la diaspora. Première du genre au Burkina Faso, les initiateurs du festival disent nourrir à travers elle de grandes ambitions. Au cours d’un entretien que nous a accordé Gustave Sorgo, acteur comédien et membre du commissariat des Sotigui, il revient sur l’idée de sa création, les objectifs mais aussi les perspectives de cet évènement naissant, dont la première édition connaitra son apothéose ce 7 mai 2016 au FESPACO avec la soirée des récompenses.

B24 : La Nuit des Sotigui, c’est tout nouveau. Pourquoi cet évènement ?

Gustave Sorgo (GS) : C’est la première fois qu’elle se tient au Burkina Faso. Cet évènement, c’est pour mettre en exergue les acteurs et comédiens africains et de la diaspora. Chaque fois, ce sont eux qu’on voit à l’écran. C’est le rendu des acteurs qui fait souvent le succès d’un film.

C’est vrai il y aura la direction d’acteurs et tout, mais c’est le visage de l’acteur qui est connu. Souvent on ne connait même pas le réalisateur mais on connait tout de suite un « Ba boanga » ou un « Fils de l’homme ». Voilà pourquoi nous avons pensé qu’il était de bon ton de faire honneur à ce corps de métier qui est aussi un travail comme les autres, et qu’il faut tout de même reconnaître sa valeur.

En plus au Burkina Faso, il n’y a pas d’école de formation pour les acteurs. Ce sont des gens qui sont formés sur le tas, qui sont formés par les ateliers ou qui sont formés par leur passion. C’est aussi pour cela que nous avons créé la Nuit des Sotigui.

B24 : Pourquoi avoir associé le nom de Sotigui Kouyaté à l’évènement ?

GS : On a voulu attacher à ce corps de métier une grande figure de professionnels, en l’occurrence Sotigui Kouyaté qui a été un comédien émérite, un homme pluridimensionnel qui est parti du théâtre pour aller vers le cinéma et qui a fait une carrière internationale, pour moi, fabuleuse.

B24 : Comment se déroulera concrètement cette Nuit des Sotigui ?

GS : Nous avons un village qui s’appelle ‘’Sotigui dougou’’, où nous avons un plateau sur lequel on a des films qui passeront tous les soirs de 19 à 21 h. Dans le village, on a créé différents stands à l’image des séries comme « Commissariat de Tampy », comme « Célibatorium », comme « l’Avocat des causes perdues ».

Les comédiens, qui ont évolué dans ses films et séries là, passent et le public a l’occasion de les rencontrer, d’échanger avec eux, de faire des photos, de signer des autographes et d’immortaliser leur rencontre. Disons que ce sont nos stars.

B24 : Les autorités ont-elles accepté le concept de la Nuit des Sotigui ?

GS : C’est parce que le concept a été accepté de tous les partenaires que cet événement a vu le jour. Il faut dire que nous partons de rien. Si vous avez remarqué, il n’y pas eu de conférence de presse, ni autre activité au démarrage parce que tout cela coûte de l’argent et nous, nous n’avons pas d’argent. Néanmoins, nous avons  les idées et les hommes. Je crois que c’est dans ce genre d’événement qu’il faut reconnaître le mérite du Burkina Faso. Quand on dit que le Burkina Faso est un pays de culture, c’est cela.

Le Burkina Faso est connu à travers le monde par le cinéma, le cyclisme, la boxe et autres. Ce sont des hommes qui se donnent dans leur passion pour faire décoller la culture. Les autorités administratives nous accompagnent tant bien que mal à leur niveau et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui on est à ce stade et on espère terminer en apothéose le 7 mai avec la soirée des récompenses.

B24 : La récompense concernera uniquement les acteurs comédiens du Burkina Faso ou avec d’autres acteurs d’ailleurs ?

GS : Ça ne sera pas uniquement les acteurs comédiens nationaux mais aussi de l’Afrique et de la diaspora. Il y a un jury qui est mis en place et qui va visionner tous les films retenus avec les nominés. On a divisé l’Afrique en plusieurs zones : Afrique de l’Est, Afrique de l’Ouest, Afrique du Nord, Afrique du Sud, Afrique anglophone pour faire une grappe et épouser l’esprit du FESPACO. Comme dit Sembène Ousmane, l’Afrique est un seul pays et nous sommes dans différentes provinces.

B24 : Justement, faut-il voir la Nuit des Sotigui comme un concurrent du FESPACO ?

GS : Non, loin de là. Comme dit Maître Passeré Titinga, « il faut ajouter de la terre à la terre ». Nous sommes avec le FESPACO un maillon de la chaîne. Je crois que le FESPACO gagne en aura, en notoriété parce que quelque chose a été créé et on y a ajouté autre chose.

C’est comme les  Lompolo, c’est pour les acteurs de théâtre. Et il y a combien de festivals de théâtre au Burkina Faso ! Mais on a créé les Lompolo pour récompenser aussi les acteurs du théâtre. Cet événement ne peut en aucun cas être un concurrent du FESPACO. Nous sommes en bonne intelligence d’ailleurs. Ça veut dire que le FESPACO a compris le bien  fondé de cet événement-là,  voilà pourquoi ils nous accompagnent.

B24 : A quelle fréquence la Nuit des Sotigui va se dérouler ?

GS : Nous sommes très ambitieux. Nous voulons démarrer comme le FESPACO, annuellement. Mais ceci dit, nous savons que les productions cinématographiques se font assez rares. Est-ce que c’est évident que nous ayons des bonnes productions chaque année ? Mais il faut essayer. Nous posons un  pas, un pas aussi petit mais cela est un pas.  On dit qu’un pas de fourmis est égal à un pas d’éléphant parce que c’est ça qui l’amène à avancer.

B24 : En tant qu’acteur quelle est votre appréciation personnelle de cet évènement ?

GS : En tant qu’acteur,  je peux dire que c’est la bienvenue. Moi je suis dans le cinéma depuis environ 50 ans, mais c’est un manque qui existait. C’est vrai au niveau du FESPACO, il y a le prix du meilleur comédien et autre, mais s’il y a un tremplin  dédié uniquement aux acteurs et comédiens du cinéma, je crois que c’est tout à leur honneur.

B24 : Quelles sont vos ambitions pour cette Nuit des Sotigui ?

GS : Si un jour on arrivait à avoir des grands acteurs américains, en tout cas de par le monde,  qui débarquent à Ouagadougou pour le festival, ça sera formidable. J’espère qu’un jour on aura un Danick Lover qui va descendre à Ouagadougou pour faire partie des Sotigui ! (rires). Vraiment cet esprit de garder le personnage de Sotigui, c’est parce qu’on pense que Sotigui avait une très grande vision et voyait loin.

C’est un altruiste qui a toujours été humble et qui a toujours su donner au plus petit comme au plus grand. Il le disait toujours, « l’humilité fait l’homme ». Je pense que nous allons nous baser sur cela pour qu’un jour cet évènement soit vu de par le monde et gagne en grande ouverture dans le monde entier.

Propos recueillis par Mamady ZANGO

Burkina24

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