Roland Zongo, entrepreneur burkinbè au Sénégal : «il faut penser grand»

A l’instar de certains Burkinabè résidant à l’étranger, Roland Zongo est un jeune entrepreneur burkinabè qui vit au Sénégal où il y a grandi. Il s’est investi dans plusieurs domaines d’activités en marge de ses études et à ce jour, il est à coup sûr le premier Africain francophone à enseigner l’EFT (Emotional Freedom Technic). Il se livre dans cette interview qu’il a accordée à Burkina 24.

B24 : Pouvez-vous vous présenter succinctement à nos lecteurs?

Roland Zongo (R.Z) : Tout d’abord merci pour l’intérêt que vous avez témoigné à ma personne. C’est un plaisir de pouvoir vous en dire plus sur qui je suis et par la même occasion, pourquoi pas, inspirer des frères et amis comme moi.

Je m’appelle Roland Zongo, étudiant en fin de formation au CESAG (Centre Africain d’Etudes Supérieures en Gestion), entrepreneur et écrivain. En somme,  je suis un  Burkinabè ayant grandi au Sénégal.

B24 : En tant qu’entrepreneur, dans quels domaines entreprenez-vous ?

R.Z : J’interviens dans plusieurs domaines d’activité dont la restauration, l’écriture, la consultance en EFT (Emotional Freedom Technic) et développement personnel, ainsi que la création de sites internet rentables (le marketing internet) que je suis entrain d’initier présentement.

B24 : Quand est-ce avez-vous senti le besoin d’entreprendre et comment se sont passés vos débuts?

R.Z : Mon envie d’entreprendre est née après ma classe de première au lycée, que je devais reprendre. Au lieu de me lamenter sur mon sort, je me suis posé la question de savoir « qu’est ce que tu veux devenir plus tard». Et je me suis rendu compte que psychologue était ce que j’aimais, mais que je ne pouvais pas en vivre en Afrique. Donc j’ai opté pour l’entrepreneuriat.

Concernant mes débuts, c’est après un séjour aux USA que j’ai décidé d’investir l’argent que j’avais accumulé à faire les petits boulots, au lieu de le dilapider. C’est ainsi que j’ai créé ma première entreprise « Maxi-Grill » et mon rêve d’entreprendre est devenu une réalité.

B24 : Vous êtes sans doute le premier Burkinabè à vous intéresser et à faire la promotion de l’EFT. Qu’est-ce que c’est ?

R.Z: L’EFT (Emotional Freedom Technic) en français signifie Technique de libération émotionnelle. C’est une technique de développement personnel qui se base sur les points d’acupuncture chinoise, pour soigner un sujet, lui permettre de se relaxer.

Elle permet de soigner ses addictions, d’éliminer ses peurs, ou de guérir les traumatismes. C’est aujourd’hui la technique de développement personnel la plus complète et la plus rapide. Je l’ai d’abord utilisée pour moi-même avant de l’enseigner maintenant sur mon site internet www.eft-360.com

B24 : Qu’est ce qui vous a conduit à vous y intéresser ?

R.Z : Comme je l’ai tantôt dit, ça a toujours été ma passion de comprendre les gens, de conseiller, d’écouter les autres ; ce qui me handicape souvent dans mes relations car j’écoute généralement plus que je ne parle. C’est ainsi que je me suis intéressé au développement personnel dès 2007. Je n’ai connu l’EFT qu’à partir de 2010.

Mon entreprise battait de l’aile, en plus de problèmes personnels. Je sentais que mon rêve m’échappait. C’est à ce moment que j’ai connu l’EFT et je l’ai appliquée pour surmonter les challenges qui se présentaient à moi.

Fort heureusement, je pense que si aujourd’hui, j’ai réussi à me remotiver et à affronter toutes mes peurs et limitations, et entreprendre dans plusieurs domaines aussi aisément, c’est grâce à l’EFT. Je lui dois beaucoup. Ce sont donc les challenges qui m’ont poussé a m’intéresser à la discipline.

B24 : Pensez-vous que l’EFT puisse apporter des solutions aux jeunes Africains et aux Africains dans leur ensemble ?

R.Z : Au premier abord l’EFT semble bizarre, et les Africains, je ne pense pas qu’ils soient très sensibles à la psychologie et à ce genre de pratique. C’est pourquoi je pense que le psychologue est mal vu en Afrique, on préfère consulter le marabout du coin ou des amis proches. Ceci, contrairement aux Occidentaux qui sont renfermés et ont plus besoin de cette technique. Je ne pense donc pas que ce soit quelque chose qui intéresserait les masses africaines.

Néanmoins, je crois fermement que si les gens faisaient preuve d’ouverture d’esprit, ils découvriraient une technique puissante de maîtrise de soi.

Des maux comme l’addiction à la cigarette, pourraient disparaître grâce à cette technique, la peur de parler en public, la timidité, la procrastination, le fait de penser qu’on ne peut pas réaliser quelque chose de grand (à cause de notre passé par exemple) pourraient disparaître.

On aurait plus confiance en nous et pourrait accomplir de grandes choses. C’est un puissant instrument de maîtrise de sa vie, de son destin. Au lieu de laisser nos peurs nous limiter, nous pourrions contrôler nos peurs et réaliser plus.

B24 : Outre l’EFT, vous vous intéressez à la promotion de la culture à travers votre plateforme de vente de contenu culturel waribay . Parlez-nous en un peu ?

R.Z : Tout d’abord,  j’aimerai remercier David Zongo, Amael Adechian, Stella Nana et Eric Lacroix sans qui ce projet n’aurait jamais pu aboutir. J’ai toujours été panafricain.

J’ai connu l’Amérique mais je préfère mon Afrique. Il est bien vrai que nous ne sommes pas encore assez développés, la qualité de la vie y est meilleure.

C’est dans ce sens que j’ai eu le regret de constater que nous n’avons pas un système e-commerce adapté à l’Afrique d’où l’idée de créer waribay afin de  promouvoir l’esprit panafricain, la vente d’articles numériques, de musique africaine et de logiciel.

B24 : Pourquoi avoir senti le besoin de mettre sur pied cette plateforme alors que les géants comme eBay et Google s’intéressent à ce domaine et ont pour le moment plus de moyens logistiques pour s’imposer sur le marché africain ?

R.Z : Je suis aujourd’hui assez bien placé pour répondre à votre question, car cela fait bientôt deux ans que j’étudie le business en ligne. Mais en résumé, il y a toujours de la place pour tout le monde. Google, Ebay, Amazon, Cdbaby n’ont pas encore ciblé l’Afrique. Pour l’instant, ils visent le marché asiatique.

L’idée était d’être les précurseurs du e-commerce africain de telle manière que lorsque la demande va arriver à maturité, que nous soyons les premiers (des Africains) à proposer des solutions africaines au marché africain.

B24 : Vous êtes le promoteur de Maxi Grill qui officie à Dakar ! Qu’est ce que c’est ?

R.Z : Maxi-grill est le fruit de mon expérience américaine à Manhattan (New-York). Il y en a à tous les coins de cette ville. Ce sont des cantines mobiles qui vendent de la nourriture.

L’idée également était d’être le premier à initier les foodcars en Afrique. Au lieu d’importer ce modèle de cantines mobiles, j’ai préféré les faire construire en Afrique par des Africains.

J’y ai laissé beaucoup d’argent avant de trouver le bon prototype. Mais Dieu merci, aujourd’hui nous avons l’expérience nécessaire pour en construire des centaines. Maintenant, nous nous concentrons sur notre domaine d’activité stratégique.

Nous construisons et mettons en location nos cantines, au lieu d’y opérer et vendre la nourriture nous-mêmes. La location est à un prix abordable et chacun peut ici au Sénégal ou ailleurs en Afrique posséder son Maxi Grill.

B24 : Comment se passe la concurrence face à la restauration traditionnelle ? Quels sont les atouts de ce concept face aux restaurateurs traditionnels ?

R.Z : Nous sommes grandement avantagés par rapport à la restauration traditionnelle qui officie dans un local. L’avantage d’être mobile, c’est que déjà vos coûts de production sont plus réduits.

Vous pouvez toucher une plus grande cible et une cible très variée : étudiants, écoles, travailleurs, plages….Vous pouvez vous implanter partout, servir de la nourriture rapide et tout cela avec des coûts nettement moins chers que si vous deviez louer un local.

B24 : L’avenir de l’Afrique se trouve-t-il dans l’entrepreneuriat ? Pourquoi ?

R.Z : Oui je pense fortement et avec conviction que seul l’entrepreneuriat pourra permettre à l’Afrique de se développer. Il y a de plus en plus de personnes qui sont diplômées et la proportion de personnes diplômées par rapport aux emplois qui sont créés est inégale.

Seuls les entrepreneurs peuvent créer de la richesse et donc permettre à un maximum de personnes de trouver de quoi vivre. J’encourage l’entrepreneuriat, même si je pense également qu’il n’est pas fait pour tout le monde malheureusement ; parce qu’imaginons un peu que tout le monde soit chef d’entreprise, qui sera employé ?

B24 : En tant qu’entrepreneur, quel est votre modèle ? Qui vous inspire dans ce domaine et pourquoi ?

R.Z : J’ai été influencé par Feu El Hadj (Oumarou) Kanazoé tout d’abord. Je pense qu’il est un exemple de réussite pour tout jeune Africain, partant de rien qui veut réussir. J’ai des tantes battantes également qui ont réussi dans l’entrepreneuriat, elles sont mes modèles à proprement parlé.

Elles m’ont prouvé que c’est réalisable, que ce n’était pas un mythe. A part cela, il faut dire que j’ai appris à entreprendre, à négocier et à trouver des leviers financiers en m’inspirant de personnes comme Donald Trump (de la téléréalité The Apprentice), Lord Sugar (de la téléréalité The Apprentice Britannique), de la téléréalité Shark Tank que vous pouvez regarder sur youtube.

Regarder ces épisodes un à un, décortiquer les stratégies des plus grands hommes en matière de business de ce monde m’a apporté plus que tout.

Je recommande sincèrement à qui veut se lancer dans l’entrepreneuriat de regarder beaucoup de ses émissions et analyser les stratégies de grands entrepreneurs comme Bill Gates, Mark Zukerberg et autres.

Dans ce monde de globalisation il faut penser grand, il faut lire et apprendre des meilleurs pas seulement du Burkina mais du monde entier. Et pour ce faire, évidemment un certain niveau en anglais peut vous ouvrir les portes de ces univers.

En Afrique si vous n’avez pas de parents entrepreneurs, c’est difficile de réussir dans le domaine car la culture est orale, ça se transmet de générations en générations. A contrario, les Américains et Occidentaux produisent de grandes choses par ce qu’ils ont des cultures écrites.

Tu n’as pas besoin que ton père ait été milliardaire pour y arriver, parce que les milliardaires écrivent leurs mémoires dans des livres, et tu peux apprendre d’eux en achetant et en lisant juste leurs livres. J’ai toujours cru au benchmarking et au transfert de technologie et de compétence.

B24 : Vous qui êtes au Sénégal, comment s’y sent un jeune entrepreneur burkinabè ?

R.Z : Je suis à l’aise dans mon environnement parce que j’ai eu à grandir à Dakar, je connais leurs manières de penser, leurs cultures. J’ai une grande majorité de mes amis qui sont sénégalais.

Maintenant, nous sommes dans un contexte africain et bien sûr chaque peuple favorise d’abord sa culture. Si vous n’avez pas d’attaches sénégalaises solides, de nombreuses portes risquent de se fermer devant vous.  Mais dans l’ensemble, tout va bien ici.

B24 : Entre le Burkina et le Sénégal, quel est de votre point de vue, celui des deux pays qui offre plus d’opportunités à l’entrepreneuriat chez les jeunes ?

RZ : Je n’ai pas de connaissance assez profonde du Burkina. J’ai grandi au Sénégal et je ne vais au Burkina généralement que pour faire un court temps (2 mois, 3 mois). Mais de ce que mes confrères burkinabè me disent, et du parallèle que j’en fais, je pense que le Sénégal offre plus d’opportunités.

Le Sénégal est un melting-pot en Afrique de l’ouest, il y a une forte concentration d’étrangers. Le pouvoir d’achat est nettement plus élevé qu’au Burkina. Mon impression est qu’avec les ressources qu’il faut, les compétences qu’il faut tout le monde peut avoir sa place.

Si vous arrivez à détruire les barrières ethniques et sociales, alors en tant qu’entrepreneurs vous pouvez vous en sortir. Je pense que le Burkina a d’autres priorités pour l’heure, que de créer un climat propice à entrepreneuriat

B24 : Quels sont vos projets d’avenir pour le Burkina et pourquoi pas pour l’Afrique ?

R.Z : Mon projet immédiat est de pouvoir terminer mon livre. Je pense qu’il sera fini et autoédité d’ici à décembre. J’y parle de comment entreprendre, comment toucher des revenus passifs, le secret des gens qui réussissent car cela fait maintenant plus de 7 ans que j’étudie le domaine. Le livre touchera à tout ce qui a attrait avec la réussite personnelle et collective.

Ce sera l’un de mes plus grands projets et il servira aussi bien à ceux qui désirent devenir entrepreneurs ou créer des revenus passifs. Je pense que ce projet permettra d’élever le niveau, la conception que les gens ont des Africains. Je suis également en train de me lancer dans l’Internet marketing qui est un domaine tout jeune dans le monde francophone. Croyez-moi, l’Internet c’est l’avenir.

Les Américains sont entrain de saturer leurs marchés donc il est temps pour nous aussi d’être les précurseurs du marketing sur l’Internet francophone.

B24 : Quelle est votre lecture de ce climat sociopolitique tendu qui prévaut dans notre pays depuis quelques mois ?

R.Z : Je n’aimerai pas parler politique à ce stade, car cela peut faire l’objet d’une interview entière. Mais, je pense que beaucoup de nos compatriotes sont préoccupés par le climat politique au Burkina.

J’ose espérer qu’il y aura l’alternance pour que de nouvelles idées puissent fleurir et permettre de développer le Burkina. Il y a des milliers de Burkinabè qui sont expatriés et qui ont accumulé une expérience et un savoir-faire, mais qui ont des appréhensions quand il s’agit de revenir au pays.

Sans l’alternance, toutes ces compétences resteront au profit des pays qui hébergent ces gens actuellement.

B24 : Quel serait votre mot pour clore cet entretien ?

R.Z : Merci à vous et à Burkina 24 pour cette occasion et pour cette volonté d’accompagner les jeunes entrepreneurs. Bon vent à vous qui abattez un boulot formidable. Je reste aussi disponible pour ceux des lecteurs qui aimeraient plus d’informations sur l’EFT, sur Maxi Grill et s’ils le désirent,  ils peuvent me joindre à rolandzongo@hotmail.com ou sur mes sites internet.

 Propos recueillis par Youssouf Bâ Pour Burkina 24

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